Calciostory : Di Bartolomei, le capitaine au destin tragique.

Par Nawel Saïdat publié le 02 Mai 2018

Si le football est beau, il peut parfois être cruel. Tous les passionnés du ballon rond gardent en tête le souvenir douloureux d’une défaite de leur équipe fétiche, laissant un arrière gout d’amertume qui finit par disparaître avec le temps. De la colère, de la tristesse, parfois même des insultes devant son poste de télévision, et puis la vie reprend son cours. Des défaites qui laissent des traces, il en existe des centaines de milliers, mais des défaites qui peuvent vous détruire un homme dans le monde du calcio, il n’en existe qu’une : celle de l’AS Roma face à Liverpool le 30 mai 1984 à l’Olimpico en finale de Champions League. Après un match éprouvant, la Louve finit par s’incliner lors des tirs au but et permet aux Reds de remporter leur quatrième trophée. Pour l’ancien capitaine romain, qui ne se remettra jamais d’avoir vu le trophée lui glisser des mains, cette défaite marquera le début d’une longue descente aux enfers. Celui qui parlait de cette finale comme étant « le match de sa vie » décidera d’ôter la sienne le 30 mai 1994, soit dix ans plus tard. Qui aurait cru que ces quatre mots prononcés avant d’entrer sur le terrain quelques années plus tôt auraient autant d’importance?
Aujourd’hui, 34 ans après leur dernière rencontre en Champions League, les deux clubs s’apprêtent à s’affronter une nouvelle fois sur le terrain de l’Olimpico, de quoi rendre nostalgiques les fidèles de longue date. L’occasion également de revenir ou de découvrir l’histoire tragique de l’ancien capitaine de la Roma, Agostino Di Bartolomei.

Un gamin de Rome devenu capitaine

Avant Francesco Totti, il y avait Di Bartolomei. L’histoire d’amour de celui que l’on surnommera « il capitano dei capitani » avec la Roma commence dés son plus jeune âge. Supporter avant d’être joueur, le gamin originaire des quartiers populaires de Rome intègre le centre de formation de la Louve à l’âge de 14 ans. Le Milan AC avait lui aussi, tenté de faire venir le jeune joueur sans succès. Il fait ses premiers pas en Serie A à l’âge de 17 ans, mais rencontre rapidement ses premières difficultés. En 3 saisons, Di Bartolomei ne joue que 23 matchs durant lesquels il peine à convaincre. Il est envoyé en Serie B dans le seul but de s’améliorer et de développer ses compétences afin de revenir changé dans son club d’origine en 1976, soit un an plus tard.

C’est à son retour que l’histoire commence réellement. « Ago » finit par devenir un titulaire indiscutable à la Roma, c’est pour lui un rêve qui se réalise. Parfois défenseur, parfois milieu de terrain, Agostino est un véritable meneur de jeu lors des matchs, peu importe le poste occupé. Élancé et endurant, il possède également une élégance à l’italienne qui ne laisse personne indifférent. On ne lui reproche qu’un léger manque de vitesse, qu’il compense aisément avec ses gestes et ses placements soigneusement calculés. Devant les buts, le romain fait preuve d’un calme déconcertant et d’une grande précision. A l’extérieur des terrains, il est aussi reconnu comme étant un grand capitaine, faisant preuve de leadership malgré sa discrétion. De nature réservée, certains décrivaient pourtant le capitaine de l’équipe comme étant quelqu’un de « froid » et « fier », ce à quoi son fils répondra des années plus tard, lors d’une lettre adressée à son père après sa mort: « Ceux qui te décrivent de cette façon ne te connaissaient pas. Ils t’ont donné un personnage qui ne t’appartiens pas. Tu n’étais pas fier, seulement réservé. Mais avec nous tu étais juste Ago : un homme amoureux, doux, sarcastique et rusé. » 

Roma Roma bella

C’est au début des années 80 que la Roma connaît son heure de gloire. Di Bartolomei évolue alors aux côtés de joueurs de renoms tels que le brésilien Falcao ou encore Conti. La Roma éblouit, et parvient lors de la saison 1982-1983 à devancer les autres équipes et à remporter le scudetto. Grâce à cette victoire, les giallorossi s’offrent une place en Champions League la saison suivante. Elle affronte dans un premier temps l’équipe suédoise de l’IFK Göteborg qu’elle éliminera sans grande difficulté en s’octroyant une avance de 3 buts à 0 lors du match aller. L’équipe parvient à se frayer un chemin sans grande difficulté jusqu’en demi-finale. Les joueurs affrontent Dundee United, et s’inclinent 2-0 lors du match aller. Mais les gialorossi parviennent à créer la surprise et font ce que l’on pourrait aujourd’hui appeler une remontada en marquant 3 buts lors du match retour.

La finale se tient à l’Olimpico. Devant des milliers de tifosi, la Roma se doit de briller. On entend depuis les tribunes des chants en l’honneur de Di Bartolomei, devenu une bandiera au sein de son club. La pression est grande, mais le joueur se montre presque irréprochable sur le terrain, offrant une prestation digne de ce nom. Le capitaine l’avait avoué plus tôt, ce match devait être LE match de sa vie. Et après 120 minutes durant lesquelles aucune des deux équipes ne parvient à faire la différence (1-1), celles-ci se retrouvent dans l’obligation de s’affronter aux tirs au but pour désigner un vainqueur. Di Bartolomei prend son rôle de capitaine à cœur et décide de tirer en premier après le penalty raté de l’équipe adverse. Son sang froid légendaire devant le but lui permet d’inscrire le premier point pour la Roma. La photo prise lors du penalty est rapidement devenue culte parmi les tifosi. Mais le point gagné par le joueur ne suffit pas, et après les ratés de Conti et de Graziani, Liverpool s’offre sa quatrième C1. Double humiliation pour les joueurs de la Roma qui, en plus de voir leur rêve de coupe s’éloigner, s’inclinent dans leur propre stade.

La fin d’une ère, le début de l’oubli

Di Bartolomei se retrouve poussé vers la sortie cette même année par les dirigeants du club. A la différence de Totti, il est simplement remercié sans une infime possibilité d’occuper un poste au sein de la direction. L’éternel amoureux de la Roma fait ses adieux à la Louve lors de la finale de Coupe d’Italie de 1984 durant lequel les tifosi lui rendent hommage avec une phrase qui marquera les esprits : « Ils t’ont pris la Roma, mais ne te prendront jamais ta Curva », et entonnent tout au long du match des chants en l’honneur de leur capitaine. Cette relation avec les tifosi, le joueur les a toujours chéri, déclarant même un jour : « Vous ne devez pas me remercier, c’est moi qui vous suis reconnaissant. C’est à moi de vous applaudir à la fin du match. » Après 308 matchs joués sous le maillot giallorosso, Di Bartolomei fait ses derniers adieux.

C’est à cet instant que la descente aux enfers commence. Envoyé dans un premier temps au Milan AC, il n’y restera que 3 saisons avant d’atterrir dans des clubs de Serie C où il terminera sa carrière. Son passage à la Roma ne semble plus qu’être un lointain souvenir pour les tifosi, et le joueur tombe peu à peu dans l’oubli. Celui pourtant acclamé de tous termine sa carrière sans faire parler de lui. S’en suit des problèmes financiers qui plongent le joueur dans une dépression sévère. Son statut de héros semble être derrière lui. Prisonnier de ses vieux souvenirs, le joueur ne parvient pas à remonter la pente malgré l’aide de sa famille. Le 30 mai 1994, 10 ans après avoir touché son rêve du bout des doigts, Agostino décide de se donner la mort dans un dernier élan de désespoir. Il décide de s’ôter la vie sur sa terrasse avec une balle dans la poitrine. Pas d’explications, seulement une note destinée à sa femme : « Je suis désolé, je vous aime, mais je ne vois pas le bout du tunnel ». 

Nawel Saïdat

Rédactrice



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