CALCIOSTORY : Brigades rouges, Lazio et trafic de drogue : la carrière complètement déjantée de Maurizio Montesi !

Par Boris Abbate publié le 30 Jan 2020
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Le 27 juin 1992, aux bords des cotes de Fiumicino, Maurizio Montesi est interpellé et menotté par une dizaine d’agents de la brigade italienne d’anti-corruption. Ancien joueur de la Lazio et figure emblématique de l’extreme gauche italienne, le milieu de terrain venait alors à peine de mettre fin à sa carrière de footballeur. Mais ce jour-là, la vie de Maurizio Montesi va définitivement basculer. Derrière lui, à quelques mètres du large, une embarcation est saisie avec 3 tonnes et demie de hashish à l’intérieur, et Maurizio file dans la foulée derrière les barreaux ! Un fait isolé dans la carrière et le parcours de l’ancien laziale ? Pas vraiment ! Puisque le garçon est aussi connu pour ses frasques extra-sportives, ses liens étroits avec les brigades rouges, et qu’il a même carrément balancé la Lazio et ses coéquipiers dans le scandale du Totonero ! Une tragi-comédie à la sauce romaine qu’il convient évidemment de rappeler !

Des bas-fonds de la capitale jusqu’à la Lazio

Pour comprendre comment Montesi est arrivé jusque-là, il suffit simplement d’observer son enfance. Car c’est ici, déjà, que le Romain va mener une vie diamétralement opposée de ses origines. Originaire d’un quartier miteux de la capitale, Montesi est un prolétaire affirmé et un gars ouvertement anti-système. Pourtant, c’est chez la Lazio, « club où il fallait être de droite pour faire carrière » – (comme il aime le répéter) – qu’il fait ses débuts avec la Primavera. Et ici aussi, l’incohérence se poursuit, puisque le gamin n’est pas vraiment un génie avec le ballon. Avec son misérable mètre 70 et son corps assez frêle, Montesi n’est ni doué avec les pieds, ni avec la tête ! Mais il compense ce manque avec des poumons exceptionnels et une grinta hors-norme, chose qui ne passe alors pas inaperçue auprès de ses entraineurs. Résultat, lors de la saison 73-74 où les Biancocelesti décrochent le Scudetto, Montesi est parmi les jeunes qui tendent très vite à intégrer le groupe de Chinaglia, Maestrelli et consorts ! Mais tradition oblige en Italie, le gamin va d’abord devoir être prêté avant de rentrer au bercail, et c’est à Avellino, en Serie B, que Montesi va faire ses preuves…

Nous sommes alors en 1978, et le garçon dispute un super championnat avec un titre et une montée historique en Serie A. Mais pourtant, à Avellino, tout le monde déteste Maurizio Montesi ! Il faut dire que le bonhomme ne fait en réalité rien pour être aimé. Déjà, le garçon paye son style assez marginal. Et à coté de ça, son coté révolutionnaire d’extreme gauche ne faiblit pas. Il refuse tout contact aves ses coéquipiers et passe son temps libre seulement avec ses camarades révolutionnaires ! Et entre quelques luttes sociales qu’il mène avec brio, il va à la fin de la saison donner une interview qui va définitivement mettre un terme à son aventure au sud de l’Italie. Dans le journal « Lotta continua », il accuse « les dirigeants d’Avellino d’êtres en lien avec la mafia et d’utiliser le foot seulement pour faire du business ». Et il va encore plus loin en déclarant que « les supporters sont tous des trous du cul qui feraient mieux de penser aux réformes importantes au lieu d’aller au stade » ! Des paroles qui vont évidemment mettre fin à son prêt et le faire retourner fissa à la Lazio.

Le drame Paparelli et le scandale du Totonero

Après cette interview, Montesi fait ainsi beaucoup parler de lui. Pourtant, une fois débarqué à Rome, il jure s’être calmé. Il réintègre alors le groupe laziale et s’apprête à vivre sa première saison officielle avec la Lazio en 1979. Mais cette année 79 en Italie, c’est surtout le drame et la mort de Vincenzo Paparelli dans les tribunes de l’Olimpico. Une tragédie à laquelle assiste Montesi, maillot dans le short et numéro 8 dans le dos, lui alors titulaire au milieu du terrain. Un événement qui va le pousser à reprendre la parole sur les antennes, et l’Italien va alors dézinguer tout le monde. « Les clubs sont responsables de cette violence puisqu’ils font tout pour protéger les groupes ultras. Quant aux politiques, ils s’en foutent totalement ! Ils ont bien trop peur de prendre des mesures contre les supporters et perdre une grande partie de leur électorat ! Le foot est devenu qu’une machine à fric » ! Des paroles qui prennent alors tout leur sens dans une Italie délabrée par les années de plomb.

Applaudi par certains par la suite, Montesi s’attire aussi et surtout la colère de plusieurs clubs, joueurs et tifosi, notamment ceux de la Lazio. Détesté, il se marginalise encore plus, et il va même subir une horrible blessure lors d’un déplacement à Cagliari. Geste volontaire ou non, son tibia est fracturé. Sa saison est terminée et il passe plusieurs mois à l’hôpital, sans qu’aucun membre laziale ne lui rende visite. Seul un journaliste, Oliviero Beha, passe le voir, et une véritable bombe va exploser dans le calcio. Montesi se confie et balance alors les combines de certains de ses coéquipiers, dont son capitaine, Pino Wilson. Il confirme ainsi toutes les rumeurs sur le scandale du Totonero et ses matchs truqués. Ses déclarations font les gros titres, et quelques semaines plus tard, tout s’écroule : la Lazio est envoyée en Serie B, et 4 joueurs laziale sont condamnés. Et Maurizio Montesi en est le principal artisan.

« Montesi admet : j’ai été approché par le capitaine mais j’ai refusé ses propositions et le chèque ! »

Une fin de carrière en roue libre

La saison suivante, Montesi est constamment hué par les tifosi laziale dès qu’il met un pied au centre d’entrainement. Dans la vie de tous les jours, il ne sort plus qu’entouré par des gardes du corps. Quant à son tibia, il ne se remet toujours pas. Et le joueur ne dispute alors que 11 matchs en 3 saisons, ce qui le pousse à mettre un terme à sa carrière. Si bien qu’après quelques fonctions exercées dans le monde du foot, plus personne n’entend parler de lui… Jusqu’en 1984, où il refait la une des médias lorsqu’il est arrêté à Londres avec des stupéfiants. On apprend alors que Montesi passe le plus clair de son temps avec un certain Guiseppe Biancucci, leader des brigades rouges romaines et condamné en 1979 pour bande organisée et possessions d’armes. Et arrive alors ce 27 juin 1992, où il est arrêté au centre d’un trafic international de drogue, avec pas moins de 21 millions de marchandises derrière lui ! Jugé et condamné, Maurizio Montesi est aujourd’hui en liberté et a entièrement purgé sa peine. Seulement, plus personne n’a de nouveau des nouvelles de lui. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les fans de la Lazio !

Boris Abbate

Rédacteur



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