CALCIOSTORY : Beauté, absurde et déchéance de la Coppa Anglo-Italiana

Par Elio Gusti publié le 08 Déc 2019

Si je vous dit : Blackpool-Bologne / Swindon-Napoli / Newcastle-Ascoli ou encore Birmingham-Ancona vous penserez immédiatement à des matchs en aléatoire sur PES ou FIFA alors qu’en réalité ce sont de véritables affiches d’une compétition maintenant oubliée mais qui jadis fît les beaux jours des petits clubs anglais et italiens : The Anglo-Italian Cup. Une compétition qui permettait à des clubs pas forcément huppés de goûter eux aussi à des soirées « européennes ».

UNE COMPETITION EN CHOCOLAT

L’histoire commence en 1970 quand les instances européennes refusent à Swindon Town de participer à la Coupe des villes de foire et créent à la place l’Anglo-Italian League Cup où les anglais affrontent (et battent) les tenant en titre de la coupe d’Italie : la Roma.

Gigi Peronace, un sorte de Raiola de l’époque, s’étant fait connaitre pour transférer des joueurs entre les deux pays comme Jimmy Greaves de Milan à Chelsea ou Denis Law de Manchester City au Torino, flaire le bon coup et use de son influence et parvient à créer juste six mois plus tard la première édition de la Anglo-Italian Cup.

DE DROLES DE REGLES

Comme souvent à l’époque quand une compétition est organisée sont format peut comporter certaines spécificités et originalités. Au début la coupe comporte trois groupes de quatre équipes -deux de chaque pays- où deux équipes d’un même pays ne peuvent pas s’affronter. Plutôt que de faire un classement de chaque poule, la compétition classait les clubs par pays et les deux équipes italiennes et anglaises qui obtenaient le plus de point se qualifiaient pour la suite de la compétition. Ceci dans le but de toujours faire sortir un nombre équitable de clubs italiens et anglais. Les points étaient comptés aussi d’une façon différente : 2pts pour une victoire et 1pts pour un match nul (selon les critères de l’époque) mais pour favoriser le spectacle un point bonus était octroyait pour chaque but marqué (ce qui n’aurait pas arrangé la Juventus aujourd’hui…). Le règlement allait encore plus loin en limitant le hors-jeu à la surface de réparation et autorisant plus de remplacement que prévu.

DES AFFICHES HAUTES EN COULEURS

La Serie A prenant toujours au sérieux des possibilité de médaille envoyait ses grosses écuries : Juve, Inter ou encore Napoli. Tandis que les anglo-saxon préféraient envoyer des clubs de seconde catégorie comme Sheffield Wednesday (battant le Napoli), Blackpool (battant la Roma et la Samp), Luton (battant la Fiorentina) ou encore Carlisle (humiliant la Roma).

Mais malheureusement la compétition mourut à petit feu souffrant de la concurrence des trois coupes d’Europe et surtout de la montée de l’hooliganisme (la défaire du Napoli 3-0 contre Swindon déchainant un excès de violence de la part du San Paolo) et disparue en 1973. Elle survécu encore quelques années sous une forme d’une compétition amateur sans jamais réussir à être véritablement reconnue.

UN RETOUR EN GRACE DANS LES 90’S

Entre 1992 et 1996 la compétition fut brièvement ramenée d’entre les morts en remplacement de la Full Members Cup (une compétition crée suite au drame du Heysel pour permettre aux clubs anglais de continuer de jouer malgré l’exclusion des compétitions européennes). Permettant des rencontres entre clubs de seconde zone comme Ancona, la Lucchese, la Salernitana, Birmingham, la Cremonese ou encore des Tranmere Rovers.

Finalement cette compétition, aussi absurde et mineure qu’elle fût, permis à de petits clubs de vivre des aventures dont ils n’auraient uniquement pu vivre qu’en rêve. Envoyant les supporter de Port Vale à Wembley pour rencontrer le Genoa en finale, ou les fans de Carlisle au Stadio Olimpico pour battre la Roma.

La Coppa Anglo-Italiana c’est l’histoire d’un autre football, aujourd’hui disparu et dont on peut être nostalgique. Certes on pourrait voir ce tournois comme une pure invention marketing préfigurant les futurs formats de la Coupe du monde des clubs ou la ligue des nations. Mais on peut aussi y voir le témoignage où les émotions procurés par la découverte d’un autre football et quelques matchs en plus dans une saison nettement plus important qu’un quelconque trophée.

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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