CALCIOSTORY : Bayern-Milan AC 2007 – le récital de Clarence Seedorf

Par Ben Soffietti publié le 03 Mai 2020

En 2007, le Milan AC repart à l’assaut de la Champions League, pour tenter d’oublier l’humiliante défaite d’Istanbul. Carlo Ancelotti et ses hommes sont revanchards en cette année post-Mondial. Le Brésilien Kaka’ sera étincelant, s’adjugeant le ballon d’or, mais le Mister s’appuiera surtout sur des cadres expérimentés à l’image de son milieu Clarence Seedorf. Dans la quête du graal européen, le Néerlandais livrera des performances de très haut niveau, notamment lors du quart de finale retour, contre le Bayern. Calciomio vous amène à l’Allianz Arena pour revivre ce capolavoro de Seedorf.

Comme un bon vin

Seedorf a déjà presque tout gagné en club au début de la saison 2006-2007, lorsqu’il démarre sa cinquième saison avec la tunique rossonera. En effet, il a déjà soulevé trois Champions League, avec trois clubs différents, l’Ajax, son club formateur, contre … le Milan AC, le Real Madrid et avec les Rossoneri en 2003. S’ajoute à cela des titres nationaux aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie. Mais à l’approche de ses 31 bougies, le milieu a encore de l’appétit. En effet, frustré d’avoir regardé à la télévision le Mondial en Allemagne, le sélectionneur Van Basten lui ayant préféré Van Bommel, Cocu et le jeune Sneijder, Seedorf désire montrer qu’il en a encore sous les crampons.

Dans une équipe composée de nombreux trentenaires, comme Cafu, Inzaghi, ou Maldini, le Néerlandais va livrer une de ses meilleures saisons. Ayant récupérer le numéro 10 de Rui Costa, parti terminé sa carrière au Benfica, Seedorf profite également d’un schéma de jeu en Champions League qui lui offre beaucoup plus de liberté, lui permettant de jouer un cran plus haut. En effet, lors des deux dernières éditions de Champions League, Ancelotti proposait un schéma en 4-3-1-2, avec un milieu composé de Gattuso, Pirlo et Seedorf, Kaka’ en meneur de jeu derrière deux attaquants. Or, au début de la phase à élimination directe, le technicien italien change son schéma, en sacrifiant un de ses deux attaquants pour intégrer Ambrosini, devant la défense. Seedorf monte alors d’un cran aux côtés de Kaka’: ainsi, il peut plus facilement participer à l’animation offensive des siens.

Une équipe inattendue ?

Le Milan AC obtient la première place du groupe H en Champions League, avec seulement dix points, deux défaites, dont une à domicile contre Lille. En huitièmes de finale, il faut attendre 180 minutes plus une prolongation contre le Celtic, pour que Kaka’ délivre les siens (1-0 agg). Le jeu des Rossoneri n’a pas été brillant, les joueurs ont éprouvé certaines difficultés à trouver la faille face au bloc bas écossais, dans un système en rodage. Et quand le Bayern repart de San Siro le 3 avril 2007 avec un nul 2-2, arraché en fin de match, avec un doublé de Van Buyten, il est évident que la mission qualification s’annonce compliquée pour Maldini et consorts, puisqu’une victoire en Allemagne sera obligatoire (ou un nul avec plus de deux buts).

Or, l’Allemagne est devenue terre bénite pour les Italiens depuis l’été dernier, même si la Squadra Azzurra n’a jamais joué à l’Allianz Arena. Et au coup d’envoi, cinq champions du monde sont titulaires : Oddo, Nesta, Gattuso, Pirlo et Inzaghi. Une équipe de briscards expérimentés avec neuf joueurs de plus de 29 ans, dont Seedorf qui démarre la partie, en prenant petit à petit en main son nouveau rôle, plus offensif. Mais les premières minutes sont à l’avantage des Bavarois et sans un sauvetage d’Oddo, la mission du Diavolo se serait gravement compliquée.

La masterclass de Seedorf

Après quinze minutes à faire le dos rond, les Rossoneri sortent la tête de l’eau. Seedorf est alerté sur un centre trop long de Jankulovski. Il adresse ensuite une superbe ouverture pour le Tchèque qui trouve Inzaghi. Minute après minute, la défense à quatre et les trois milieux axiaux étouffent l’entre-jeu allemand : Seedorf coupe la circulation entre l’axe et les latéraux.

Puis, 27ème minute de jeu, premier coup d’éclat du numéro 10. Kaka’ sert Seedorf sur l’arc de cercle de la surface et s’ensuit un enchainement technique parfait : contrôle orienté pour se mettre dans le sens du but, crochet extérieur pour s’ouvrir un angle de tir, frappe croisée au sol qui passe entre les jambes de Van Buyten et termine dans le petit filet de Kahn.

Quatre minutes plus tard, seconde inspiration. Gattuso en une touche pour Seedorf, qui voit dans son dos Inzaghi. D’une subtile déviation de l’extérieur, le Néerlandais lance son attaquant, comme à son habitude à l’extrême limite du hors-jeu, qui s’en va tromper Kahn. Les Rossoneri ont pris le dessus et Seedorf, en deux actions, à étaler toute sa classe. Son récital n’est pas terminé : une roulette sur Salihamidzic, de la sérénité dans chaque geste, un abattage défensif important. À dix minutes du terme, Seedorf cède sa place à Gourcuff : son maillot est immaculé, toujours dans le short. Sa vista et ses qualités physiques ont fait de lui un acteur essentiel de la qualification.

Ancelotti a eu une idée décisive modifiant son plan de jeu. Plus besogneux que Pirlo et Seedorf, Ambrosini a permis à ces deux talents de s’exprimer davantage. Le Néerlandais et ses cuisses musclés en ont profité pour montrer qu’au delà d’un athlète de très haut niveau, il était également un brillant footballeur, qui sera décisif en demi-finale, avec deux passes décisives pour Kaka’ et un but sublime contre Manchester United (5-3 agg). L’issue de la saison voit Milan soulever la Champions League, la quatrième personnelle de Seedorf, élu meilleur milieu de la compétition. Les tifosi rossoneri profiteront encore cinq saisons de ses performances.

Ben Soffietti

Rédacteur



Lire aussi