CALCIOSTORY : 9 mai 1990, la Sampdoria grande d’Europe

Par Michaël Magi publié le 09 Mai 2020

1990. Le calcio, au plus fort de sa domination, envoie 4 de ses clubs en finale des trois coupes européennes. Le Milan AC en C1. La Juventus et la Fiorentina en C3. La Sampdoria en Coppa delle Coppe, petit métamorphosé en une décennie par le flair d’un homme : Paolo Mantovani. L’équipementier Kappa, qui appose sa griffe sur le maillot des trois futurs vainqueurs, se frotte les mains. Nous sommes le 9 mai, à Göteborg. Le temps est doux, un poil humide ; 20° Celsius, sans un souffle de vent… Battue en finale l’année précédente par Barcelone, l’armada blucerchiata rencontre Anderlecht pour écrire son nom sur les tablettes du football européen.

Un parcours de costauds

La Sampdoria, comme Rome, ne s’est pas faite en un jour. Et pourtant, elle se trouve aujourd’hui, très exactement là où le Président Mantovani avait promis de l’emmener en 1979, en la ramassant en Serie B. Les tifosi blucerchiati d’alors, las de passer pour les frangins attardés de Genoani, ne disposant que de l’argument d’ainesse pour faire valoir leur prétendu statut de « seul club de Genova », n’osaient rêver d’un tel destin. Mais voilà ! En 10 ans, l’imprenditore a tenu ses promesses : une promotion rapide en Serie A, un rôle significatif au sein du meilleur championnat du monde, un destin européen. Et même si le meilleur est à venir, tous se satisferaient d’un trophée qui les distinguerait enfin de la nonna genoana, vierge de toute expérience européenne.

Le parcours de la Samp force l’admiration. Si l’on passe les éliminations de Brann et des Grasshoppers de Zurich, les Doriani ont dû s’employer contre l’émergent Dortmund, revenu du néant après 20 ans de disette. Plus encore en demi-finale contre le Monaco d’un Weah survolté. Mais la buona fortuna portera les blucerchiati ; l’invasion du Louis II par des milliers de génois ( l’ASM décrochera son record d’affluence), un poil de mansuétude arbitrale permettant à Vialli d’inscrire une panenka douchant les velléités adverses, la furia d’un Lombardo inarrêtable au retour pour noyer le Marassi sous le bonheur.

Vincere

Sûre de sa force, la Samp sait toutefois qu’une finale n’a de saveur que si elle se gagne. Ce constat découle de l’expérience d’une équipe que 3 victoires en Coppa Italia ont fait basculer dans une autre dimension. Boškov, trop heureux de récupérer in extremis son capitaine Luca Pellegrini, mais privé d’un Cerezo encore blessé (qui vient pourtant de prolonger de deux ans, à 35 ans !), aligne un 4-4-2 prudent. Le feu-follet Lombardo poireautera sur le banc. En face, Anderlecht, tombeur de Barcelone en huitième, oppose un bloc sans grands talents mais difficile à bouger. Une surprise notable cependant : la présence de l’ex-madridiste Milan Jankovic, pourtant boudé par de Mos. L’Ullevi Stadion est garni comme un panforte. 10.000 tifosi représentent la moitié de l’affluence.

La Samp est prévenue mais elle prend le match à l’envers. Durant le premier quart d’heure, son entrejeu se fait dévorer par l’impact physique de Van Der Linden, Degryse et Musonda. Katanec, par qui passe quasiment tous les ballons, lance des missiles désarmés vers un Vialli pris en individuel par Keshi. Il faut attendre la 16ème minute pour ainsi percevoir un signe de vie. Une belle ouverture de Vialli pour Mancini. Hélas, il Mancio, après un crochet de classe sur un défenseur belge, écrase sa frappe.

Le show DeWilde

La mauvaise qualité de la pelouse, l’arbitrage fainéant du suisse Bruno Galler n’aident pas la finale à décoller. C’est au milieu d’une mer de déchets techniques que le gardien d’Anderlecht, DeWilde, commence son show. A la 35ème, il se chauffe en s’interposant sur une tête piquée de Vierchowod. 3 minutes plus tard, Mancini le devance, profitant d’une passe en retrait foireuse de Grün. Sa sortie résolue donne le temps à Marchoul de s’arracher pour sauver sur la ligne. Les Mauves n’ont pas les armes pour rivaliser, hors la vivacité de Guðjohnsen et le ratissage incessant de Musonda. Ils s’en remettent donc au portier ; lequel continue d’écoeurer les doriani : devant Invernizzi peu avant la pause, devant Pari à la 70ème. Et quand DeWilde ne s’en mêle pas, ce sont les doriani qui pèchent par maladresse, à l’instar d’un Dossena complètement largué ou de Mancini, envoyant une tête vers le ciel alors qu’il est seul dans la surface.

La Sud, déportée en Suède, se tend. D’autant plus qu’Anderlecht finit plus fort cette deuxième période. La prolongation s’annonce délicate et incite Boškov à la réaction. Katanec, diminué par une jambe douloureuse, abandonne le pré au profit de Fausto Salsano. Faustino a rejoint la Samp en 1980 au tout début de l’ère Mantovani. Mais on le dit sur le départ après une saison décevante. L’objectif est clair : mettre plus de pression sur une défense belge qui lorgne clairement les tirs aux buts ; conspuée par les Doriani quand elle s’amuse à faire tourner le ballon de droite à gauche en trottinant.

Le show Vialli

Le coaching, qui s’ajoute à l’entrée de Lombardo à la 53ème, sera gagnant. Et il ne passe pas loin de l’être un peu plus que ça, quand dans la dernière minute de la prolongation, Salsano voit son tir dévié par DeWilde sur le poteau… Heureusement, le rebond renvoie la balle vers le gardien belge. C’est l’instant choisi par Vialli pour surgir et ouvrir le score. Sonné, Anderlecht n’aura pas le temps de digérer. 2ème minute de la seconde prolongation : Lombardo et Salsano déséquilibrent le milieu adverse. Mancini centre. Vialli, encore lui, fusille DeWilde d’une tête à bout portant. K.O !

Lorsque le coup de sifflet final retentit, seul Salsano ne lève pas les bras. Frustré, l’attaquant s’en va fracasser le poteau. Pellegrini peut lever la Coupe. Les doriani fêteront le titre dignement, sans savoir que le meilleur est à venir. Le « meilleur » s’écrira sans Faustino, héros manqué et triste mine pendant les festivités. L’attaquant s’en ira à l’AS Roma durant l’été…

Michaël Magi



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