CALCIOSTORY : 1996, ce Bosnie-Italie dans les ruines de Sarajevo

Par Sébastien Madau publié le 18 Nov 2020

La Squadra Azzurra se rend ce soir à Sarajevo pour affronter la Bosnie-Herzégovine pour la 6e et dernière journée de la Nations League. Un match décisif pour participer au Final Four. Les confrontations directes penchent en faveur des Italiens : 2 victoires, 1 nul et 1 défaite. Une défaite 2 à 1 en cet après-midi de novembre 1996 que personne n’a oublié. Une exploit pour les Bosniens, qui enregistrent alors la première victoire de leur histoire, un choc pour les Italiens. Cette rencontre, certes amicale, a mis fin à l’ère d’Arrigo Sacchi à la tête de la Nazionale. Il démissionnera quelques semaines plus tard pour se rendre au Milan AC, remplacé par Cesare Maldini. Avec le Mondial 98 en France pour objectif.

La première victoire de l’histoire de la Bosnie

Le match est là pour satisfaire les deux camps. La Bosnie, fraîchement indépendante et à peine sortie de la guerre, vient d’intégrer la FIFA. Le football peut servir d’ambassadeur à ce pays (re)naissant qui pointe à la 170e place au classement mondial (il atteindra la 13e place en août 2013). Côté italien, l’heure est à la convalescence. En effet, cinq mois auparavant, les Azzurri ont été éliminés dès le premier tour de l’Euro en Angleterre.

Sur le terrain, des « nouveaux » font leur apparition : Toldo, Carnasciali, Padalino, Giunti, etc. Des stars sont aussi du voyage : Maldini, Zola, Chiesa, Dino Baggio, Albertini, Ravanelli ou Casiraghi. On joue à 13h30 car le stade est démuni de système d’éclairage, la pelouse est grasse et le niveau de jeu plus que moyen. Rapidement, la Bosnie ouvre le score sur une hésitation défensive italienne grâce au jeune Salihamidzic (19 ans). Chiesa égalise. Mais juste avant la mi-temps Bolic redonne l’avantage aux siens. En deuxième mi-temps, l’Italie s’embourbe. La Bosnie entre dans son histoire. « L’Italie a perdu, mais le résultat ne compte pas. Le résultat ne compte pas mais l’Italie a perdu » écrit le célèbre journaliste sportif Gianni Mura, envoyé spécial, pour La Repubblica, à Sarajevo en ruines.

Faire oublier la guerre durant 90 minutes

Difficile, en effet, de tirer un quelconque enseignement de cette rencontre. Tant l’Histoire avec un grand H a pris le dessus. La délégation italienne n’est pas près d’oublier ce déplacement. En effet, la Bosnie est traumatisée par une guerre civile qui lui a fait subir les pilonnage et un siège de la part de l’armée serbe. Dès la descente de l’avion, les Italiens aperçoivent les stigmates de l’horreur et les cimetières improvisés. Le capitaine Paolo Maldini demande à faire une croix sur l’entraînement. La délégation préfère rendre visite aux enfants et au personnel médical de l’hôpital pédiatrique de Kosevo, à deux pas du stade. A leur sortie, les regards sont vides. Les joueurs trouveront quelque réconfort en rendant visite aux troupes italiennes basées à la caserne Tito de Sarajevo. La séance photo avec les parachutistes transalpins de la Brigade Folgore (Foudre en italien) donne du baume au cœur de chacun. Il en sera de même le lendemain pour les spectateurs sur les gradins du stade Kosevo.

La Nazionale est accueillie à bras ouverts. L’Italie est la première nation à envoyer son équipe dans le pays. On lit de multiples « Grazie Azzurri ! «  sur des banderoles de fortune. Durant 90 minutes, les sourires décorent les visages d’une population jusque-là meurtrie par les horreurs de la guerre.

Dans un tel climat, on comprend les propos de Gianfranco Zola à la sortie des vestiaires. « On a essayé d’égaliser, mais ce n’est pas grave; ça va tout de même ». Son sélectionneur sera, lui, plus amer. « Je pense aux attentes déçues de nos soldats. Nos joueurs avaient le devoir de donner le maximum ».

Mais comme conclura Gianni Mura : « Ce match était surtout une parenthèse de fête et un élan vers l’avenir ».
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Feuille de match : Bosnie-Herzegovine – Italie 2-1 (2-1).
Mercredi 6 novembre 1996, Stade Kosevo de Sarajevo (40 000 spectateurs).
Buts : Salihamidzic (5e; 1-0), Chiesa (10e; 1-1), Bolic (43e; 2-1).
ITALIE (4-4-2) : Toldo (Marchegiani, 46) ; Carnasciali, Padalino, Maldini, Torricelli (Apolloni, 46) ; Zola, Di Matteo (Giunti, 46), Albertini, D.Baggio (Lentini, 46) ; Casiraghi (Ravanelli, 46), Chiesa (Simone, 46). Entraîneur : Arrigo Sacchi.

Sébastien Madau



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