CALCIOSTORY : 1976/1977, la première (et douloureuse) épopée européenne du Napoli

Par Nicolas Soldano publié le 14 Fév 2019

Avec le retour aujourd’hui des matchs d’Europa League , et donc du Napoli en coupe d’Europe, Calciomio ouvre le bal d’un dossier en trois volets sur les plus belles épopées européennes du Napoli.

Le Napoli des « seventees »

Le milieu des années 70 est clairement une des périodes les plus fastes de l’histoire du Napoli. C’est surtout la première, puisque à part une Coppa gagnée en 1962 et une coupe des Alpes en 1966, le club à cette époque peine pour peser réellement en championnat et surtout en coupe d’Europe. Certains joueurs vont sortir du lot lors de cette période, comme le solide défenseur Burgnich, le milieu de terrain Antonio Juliano (champion d’Europe et finaliste du mondial 1970 avec l’Italie), le génial buteur Giuseppe Savoldi (10ème meilleur buteur de l’histoire du club avec 77 buts, capocannoniere lors de la saison 1972/1973), et la futur légende du club Giuseppe Bruscolotti, capitaine emblématique du club.

Cette décennie commence crescendo avec deux troisièmes places en championnat (en 1971 et 1974), une finale de Coppa en 1972 et une position de vice-champion en 1975 à deux petits points de la Juventus des Zoff, Gentile, Scirea et autres Capello . Puis en 1976, tout s’accélère :  le Napoli va remporter le deuxième trophée national de son histoire en remportant la Coppa italia au nez et à la barbe de l’Hellas, sur un score sec de quatre à zéro, dont un doublé de Savoldi. Ensuite, elle réalise coup sur coup deux performances notables en Coupe d’Europe, en remportant d’abord la défunte coupe de la ligue Anglo-italienne (4-1 contre Southampton en match aller-retour), puis en entamant une épopée en coupe des coupes qui l’amènera jusqu’en demi-finale de celle-ci en 1977.

 

La majeure partie de l’effectif du Napoli, saison 1976/1977

Une compétition TRÈS hétérogène

La coupe des coupes dans les années 70 est la deuxième coupe d’Europe (la « C2 »), au côté de la coupe des clubs champions, ex-Champions League, et de la coupe de de l’UEFA, ex-Ligue Europa. Elle concerne donc comme son nom l’indique les vainqueurs des coupes nationales de l’ensemble des pays membres de l’UEFA, le tournoi commençant généralement en septembre pour s’achever en mai de l’année suivante. A cette époque 32 équipes jouent quatre tours à élimination directe en match aller-retour avant la finale. Lors de cette édition, quelques belles équipes se retrouvent en lice : l’Olympique de Marseille, l’Atletico Madrid, Galatasaray, Southampton, Anderlecht, le Hamburger SV et donc le Napoli. Sauf qu’à côté de ces clubs historiques du vieux continent, on retrouve aussi les vainqueurs des coupes nationales de d’Irlande du Nord, d’Islande ou encore du Luxembourg, ce qui offre des confrontations parfois déséquilibrées durant les premiers tours de la compétition. Les Finlandais du Lahden Reipas en font d’ailleurs les frais cette année là puisqu’ils perdent d’entrée sur un score cumulé de 19 à 3 (!) face au Levski Sofia. Cette édition sera marquée par la victoire du Hambourg de Felix Magath, buteur victorieux en finale, dans la période la plus glorieuse du club qui comprendra ses trois titres de Bundesliga et sa Coupe des Clubs Champions en 1983.

Le tableau des demi-finales de la C2 édition 1976/1977

Anderlecht renverse le Napoli dans la polémique

Le Napoli rentre dans cette compétition plutôt tranquillement. Après s’être débarrassés des norvégiens du Bodø/Glimt et de l’APOEL Nicosie (au bon souvenir de l’Olympique Lyonnais), les azzurri se défont des Polonais du Śląsk Wrocław. Huit buts inscrits, un seul encaissé, le parcours jusqu’au dernier carré se révèle jusque là sans heurt. Mais les demi-finales réservent un tout autre challenge au Napoli, puisque le RSC Anderlecht d’Hugo Broos, littéralement en feu depuis plusieurs années, fait largement parti des favoris de la compétition. C’est simple, en plus d’être les tenants du titre de cette C2, les Belges viennent de glaner 4 coupes de Belgique et deux championnats sur les 6 dernières années. Pour couronner le tout, ils ont en début de saison mis une petite fessé au Bayern Munich de Beckenbauer, Rummenigge et Gërd Muller, vainqueur de la C1, en finale de la Supercoupe d’Europe ! Le Napoli ne part donc pas favori.

Lors du Match Aller au San Paolo, la ville de Naples est en ébullition pour sa première demi-finale de coupe d’Europe de son histoire. Le stade enregistre ce soir là une affluence record, on parle de plus de 90 000 tifosi présents, malgré une capacité maximale de… 87 500 personnes. L’objectif premier de Bruno Pesaola, entraîneur napolitain, est d’abord de contenir le mieux possible l’attaque belge, réputée pour enchaîner les salves offensives tranchantes. C’est un véritable match de combattants qui prend place à Fuorigrotta, avec un score nul et vierge qui se prolonge jusqu’à la toute fin du match. Sauf qu’à cinq minutes du terme, Juliano décale Bruscolotti, arrière droit au profil pourtant très défensif qui se retrouve, étrangement, à ce moment là dans la surface de réparation. Sa frappe en force est imparable, et le Napoli l’emporte 1-0. La symbolique est belle, puisque sa future bandiera, marque ce soir là un des très rares buts de sa carrière, quelques mois après son but en finale de la coupe Anglo-italienne. L’art du timing. Le Napoli est donc en ballottage favorable avant le match retour en Belgique. Le match au Parc Astrid de Bruxelles commence d’ailleurs de manière idyllique, puisque Speggiorin ouvre le score pour les napolitains… avant de voir son but annulé par Bob Matthewson, l’arbitre de la rencontre, pour une raison que ne comprennent pas les partenopei, qui s’agacent. Après l’imbroglio, Anderlecht marque deux fois et élimine le Napoli au bout d’une soirée houleuse. Des révélations sortent rapidement dans la presse les jours suivant. L’arbitre anglais est un des représentant en Angleterre de la bière Bellevue qui, en plus d’être la propriété du président d’Anderlecht, est également le sponsor de l’équipe belge. Ambiance…

Anderlecht perdra par la suite en finale contre Hambourg… avant de remporter de nouveau la compétition l’année suivante. Quant au Napoli, ces premiers frissons européens constitueront la première pierre d’une expérience européenne régulière qui l’amènera, plus de dix ans après, à l’obtention d’un premier gros trophée européen. Mais ça c’est une autre histoire.

Nicolas Soldano

Rédacteur



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