CALCIOSTORY : 10 juin 1961, la première de Mazzola et la der de Boniperti

Par Michaël Magi publié le 10 Juin 2020
Crédits

C’était il y a tout juste 59 ans. Le tout jeune Sandro Mazzola, 18 ans, faisait ses grands débuts. Contre la Juventus, dans un match qu’il n’aurait normalement jamais dû jouer. Mieux, ce jour-là, celui que l’on surnommerait plus tard il padrino, marquait le tout premier but de sa carrière dorée. Historique mais anecdotique car, tout comme ce match « au sommet », celui-ci ne serait qu’un élément d’une farce orchestrée par Umberto Agnelli.

Tapis vert…

Tout commence deux mois plus tôt. La Juve reçoit une Inter qui survolait le championnat il y a quelques semaines. « Survolait » car les nerazzurri ont connu un méchant trou d’air de 5 matchs sans victoire (dont 4 défaites). Au coup d’envoi, la Juve s’avance donc confiante, avec 4 points d’avance sur son concurrent. Mais aussi avec un brin d’inquiétude, sachant qu’elle a reçu une belle fessée reçue lors de la confrontation aller à San Siro et qu’une victoire interiste relancerait tout.

La rencontre, qui se déroule dans un Comunale effervescent, a la froide tension des grands matchs. A la 27ème minute, c’est ainsi tout le peuple bianconero qui se glace, lorsqu’Egidio Morbello envoie une frappe flottante sur la transversale de Vavassori. C’est alors que survient l’incident du match : une poignée de spectateurs, poussés par ceux du dessus, dégueuleent comme un trop-plein sur le bord de la pelouse. En cause : une billetterie mal gérée qui a rempli le Comunale au-delà ses capacités. Pour éviter un drame, les personnels de sécurité désengorgent les tribunes et invitent des centaines de supporters à se masser en bon ordre tout autour de l’ère de jeu. Irréel ; c’en est trop pour l’arbitre qui renvoie tout le monde aux vestiaires. La victoire, 10 jours plus tard, est logiquement attribuée à l’Inter sur tapis vert (2-0). La Juve se retrouve à portée de fusil de son ennemi juré.

…Et dés truqués…

Difficile d’en vouloir à Monsieur Gambarrota quand on revoit les images de ce jour d’avril 1961. Mais c’est bien cette décision pourtant juste qui fait basculer ce championnat. Pour des interistes persuadés pour commencer d’avoir eu les arguments pour battre les bianconeri sur le pré. « Les gens étaient à quelques mètres du terrain, regrette ainsi Aristide Guarneri, stoppeur de l’Inter, mais il n’y avait pas de réel danger… » C’est loin d’être évident si l’on se réfère à certaines catastrophes plus récentes.

Ce sentiment est cependant partagé par la Direction bianconera qui s’empresse de porter réclamation. Le 3 juin, la CAF lui donne gain de cause et annonce que la rencontre se rejouera le 10 juin. Nous sommes à la veille de la dernière journée du championnat. Toutes les cartes sont rebattues. Alors que l’Inter était leader, un point devant une Juve en difficulté qui venait de perdre par la plus petite marge sur le terrain de Padova, elle rétropédale en deuxième position. Guarneri relate la suite : « Cette décision nous ramenait un point derrière la Juve. Nous étions à Catania pour jouer la dernière journée. Cette décision nous a plombé le moral et nous avons perdu 2-0 là-bas. Nous nous sommes tous sentis dupés. » Pas autant que Marotta, dont la colère noire fait trembler les murs du Cebali. Les soupçons, naturellement, se portent vers Umberto Agnelli qui cumule les fonctions de Président de la Juve…mais aussi de la FIGC.

Première et dernière…

Passé la colère, Marotta prend alors la décision, en accord avec Helenio Herrera, de ne pas cautionner ce qui n’est au fond qu’une mascarade. L’Inter enverra sa primavera à Turin pour conclure un championnat qui s’est joué à l’heure du brandy, entre gens bien nés en en costard-cravate.

Ce match du 10 juin 1961 restera heureusement dans l’Histoire pour autre chose que cet arrangement entaché de soupçons. Parce que si la majorité des joueurs qui y prirent part côté nerazzurri ne firent pas carrière, l’un d’entre eux deviendra légende : Sandro Mazzola. Mais aussi parce que dans le même temps, une autre étoile, Boniperti, jouera  le dernier match de sa carrière. Tout un symbole… Et dire que ce match, le Mazzola n’aurait pas dû le jouer : « La veille du match, raconte-t-il, je devais passer 3 examens pour valider ma 4e année de comptabilité. Mes parents considéraient que les études étaient plus importantes que le football et refusaient que j’aille à Turin. Heureusement, le directeur a accepté de me laisser passer ces examens tôt dans la matinée. Et j’ai pu partir aussitôt mes copies rendues…»

Impitoyable Sivori

Les bianconeri eux-mêmes se rendent bien compte de la farce. Les 10 premières minutes se jouent donc au petit trot, entre minots apeurés et pros qui ne veulent pas trop en faire. Dans un match sans enjeu, seul Sivori semble vouloir démontrer qu’il n’est pas en vacances : « Au début, nous étions embarrassés et nous ne voulions pas trop en faire, explique Boniperti. Mais Sivori courait après le ballon d’or et le titre de capocannoniere. » Déchainé l’italo-argentin marque 3 buts entre les 11e et 17e minutes. Il en marquera 6 au total.

Mazzola inscrit aussi son but. Le match n’aura servi à rien. Sinon à discréditer la Serie A. Un poil désabusé mais étrangement heureux, Boniperti lance ses crampons à Mario Crova, homme-à-tout-faire de la Juve, en lui disant : « Tu peux les garder, aujourd’hui, j’en ai fini avec le football ». Pour Mazzola, tout reste à faire mais le joueur prendra les bons raccourcis. S’il ne joue qu’un seul match la saison suivante, il s’impose celle d’après durant la phase retour. Les deux clubs connaitront des destins croisés. La Juventus finira la saison suivante à la 12ème place du championnat (égalant sa pire performance historique). L’Inter prendra sa revanche lors de la 10ème journée en la battant 4 buts à 2 au Comunale. C’est lors de saison 1962-1963 que l’Inter retrouvera les joies d’un scudetto…profitant alors de l’émergence du futur Padrino.

Michaël Magi



Derniers articles

Le récap quotidien des actus par email

Calciomio est le seul média français qui traite à 100% l'actualité du foot italien. Renseignez votre email pour recevoir chaque matin un email regroupant les meilleures brèves du Calcio.