Calcio et chanson : l’amour fou à l’italienne

Par Sébastien Madau publié le 04 Fév 2020

La 70e édition du Festival de la chanson italienne de Sanremo s’ouvre ce mardi 4 février. Elle rendra ses verdicts samedi soir après des heures de retransmission, de votes, de sketchs et de défilés de smokings et robes de soirée. Bref, une soirée à l’italienne. Depuis 1951, les chanteurs n’ont pas manqué d’évoquer la passion des Italiens pour le football. Parce que le Calcio se marie bien aux messages des textes de chanson. Et fait bon ménage avec l’amour. En 1964, les organisateurs du festival avaient même organisé un récital (sans concours) « Une chanson pour votre équipe ».
Tantôt les chanteurs ont fait du Calcio le protagoniste de leur oeuvre, tantôt ce sont les tifosi qui ont redonné une seconde vie à ces tubes. Heureusement, ces titres ne sont pas tous des coups de gueule contre le ballon rond comme celui de Rita Pavone en 1962 dans « La partita di pallone«  où elle reproche à son fiancé de la « laisser seule le dimanche pour aller voir le match de ballon ». L’histoire de la chanson italienne est jonchée de déclarations d’amour pour le football comme la magnifique « La leva calcistica del ’68«  de Francesco De Gregori. Luciano Ligabue, tifoso de l’Inter, rend lui hommage dans « Una vita da mediano«  à l’engagement de ces milieux de terrain qui se sacrifient pour l’équipe et dans ce cas particulier Lele Oriali.

Déclarations d’amour

Roberto Vecchioni, dans « Luci a San Siro«  se remémore la demi-finale retour de Coupe des Champions Inter-Liverpool en 1965 lorsque, après une défaite à Anfield (1-3), les Nerazzurri avaient renversé la vapeur à Milan (3-0). Vecchioni raconte son arrivée en deuxième mi-temps (ayant passé la première avec sa fiancée) dans un stade illuminé. On n’oublie évidemment pas les 883, groupe de la génération Bar Sport qui dans « La dura legge del gol«  font un parallèle entre « la dure loi du but » (encaissé) et les coups durs de la vie.
Au-delà de ces hommages, la plupart de ces chansons n’avaient initialement pas vocation à atterrir dans le monde du football. Mais elles se sont retrouvées entonnées depuis les gradins. Difficile de dire ce qui vous fera le plus frissonner entre la reprise de « Sarà perchè ti amo«  des Ricchi e Poveri par le virage milaniste ou le « Ma il cielo è sempre più blu«  auquel les tifosi de la Sampdoria ont ajouté un « cerchiato di blu« . A moins que ce ne soit « Un giorno all’improvviso«  chanté par les ultras du Napoli sur l’air du tube italodisco « L’Estate sta finendo«  de Righeira. Gianni Pettenati a lui aussi eu droit à un retour à la gloire quand son tube « Bandiera gialla«  s’est répandu comme une traînée de poudre dans tous les virages d’Italie à la fin des années 1990.

Les tifosi débordent d’imagination

Les tifosi rossoneri sont visiblement inspirés par les hit-parade puisqu’ils ont tour à tour récupéré dans leur répertoire « Stessa spiaggia, stesso mare«  de Piero Focaccia, « Mamma Maria«  toujours des Ricchi e Poveri, et l’émouvant « Un’avventura«  du Laziale Lucio Battisti. Parfois, les circonstances accélèrent les événements. Comme les Napolitains quelques jours après la mort de Pino Daniele reprenant son « Napul’è« . Frissons garantis. A Bari, on met à l’honneur les enfants du pays. Et l’on chante « La prima cosa bella«  de Nicola di Bari. D’autres assurent leur équipe de leur amour à travers les mots de Vasco Rossi : « Ti voglio bene«  ou « Tu sei l’unica donna«  de Alan Sorrenti.
Enfin, impossible de parler foot et chanson sans évoquer Antonello Venditti. Amoureux fou des femmes et de l’AS Roma, il a composé l’hymne des Giallorossi entonné avant chaque rencontre « Roma, Roma, Roma«  tandis que lors du dernier Scudetto de la Louve c’est « Grazie Roma«  qui s’est élevé du Circo Massimo dans une communion entre joueurs et tifosi.
La chanson italienne a encore de beaux jours devant elle. Sur la scène de Sanremo et dans les tribunes des stades. D’ailleurs, peut-être que le futur tube des gradins sera chanté pour la première fois cette semaine au théâtre Ariston de la cité balnéaire de la Riviera.

Sébastien Madau



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