Cagliari, une identité à forger sur le terrain (3/3)

Par Sébastien Madau publié le 22 Sep 2021
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Dans le football moderne, les clubs professionnels du monde entier sont contraints à trouver des solutions et élaborer des modèles économiques capables de résister face aux défis contemporains et à la survie financière. Si les clubs les plus huppés peuvent encore se permettre de composer des effectifs au moyen du recrutement, d’autres, aux revenus moins importants, misent sur leurs ressources locales. Cagliari fait partie de ces società obligées de faire grandir de jeunes joueurs aujourd’hui, pour ses équipes de demain ou pour réaliser des plus-values à la revente (trading). Avec une particularité : portée par une forte identité, favorisée par son insularité, la question de la « sardité » se pose clairement. Mais comme toujours en football, il n’existe ni certitudes éternelles, ni recettes miracles.

L’enjeu de la formation des jeunes Sardes

Romantiques, utopiques, bercés d’illusions, d’aucun rêve de voir Cagliari, le club des Sardes, majoritairement composé de joueurs natifs de l’île. Mais n’est pas l’Atletic Bilbao qui veut. Sur le papier, rien n’empêcherait Cagliari de le faire. Sauf que le club serait confronté à un enjeu de qualité de son vivier, alors que l’ambition est de demeurer de manière permanente en Serie A. Ainsi, Cagliari a-t-il de quoi présenter sur une feuille de match une quinzaine de joueurs sardes ou formés au club ? Evidemment non.
Cette saison, seuls deux joueurs sardes sont régulièrement alignés : le défenseur latéral gauche Andrea Carboni et le milieu de terrain Alessandro Deiola. Quant à Simone Aresti, Riccardo Ladinetti et Nicolò Cavuoti (natif des Abruzzes mais formé à Cagliari) ils sont cantonnés au banc de touche. Beaucoup de jeunes joueurs issus de la Primavera ont pour leur part été prêtés chez le club frère de l’Olbia Calcio, en Serie C. Une manière de les faire grandir. Roberto Biancu, Giuseppe Ciocci, Salvatore Boccia, ont fait les quelques 260 kilomètres séparant les deux villes sardes. Luca Gagliano, Francesco Paolo Cusumano, Gianluca Contini et Federico Marigosu ont quant à eux été prêtés respectivement à Avellino, Vis Pesaro, Legnano et Grossetto, toujours en Serie C.
Beaucoup d’efforts sont pourtant fournis en interne. Lors de la saison 2019-2020, la Primavera entraînée par l’ancienne bandiera Alessandro Agostini (près de 300 matchs en rossoblù) a terminé deuxième du championnat, derrière l’Atalanta. La saison dernière, si les jeunes pousses sardes ont terminé à la 12e place, leur attaquant Gianluca Contini a remporté le classement des buteurs en faisant trembler les filets à 18 reprises.

Exemples et contre-exemples de réussite

Pour autant, il serait simpliste d’affirmer que le seul fait de voir une présence accrue de joueurs sardes dans le onze de départ suffise à satisfaire un public rossoblù des plus exigeants. Dire que nul n’est prophète en son pays est un euphémisme. Actuellement, certains contestent par exemple à Alessandro Deiola d’avoir le niveau Serie A. Autrefois c’est le jeune Nicolà Murru, qui avait été jusqu’à porter le brassard de capitaine à 20 ans, qui avait subi les critiques (souvent exagérées voire injustifiées) du public. La carrière de Marco Sau à Cagliari n’a pas toujours été de tout repos. N’est visiblement pas Nicolò Barella qui veut. Parmi les plus grands joueurs sardes de l’histoire, Gianfranco Zola et Gianfranco Matteoli n’ont porté le maillot de Cagliari qu’à la fin de leur carrière, après avoir remporté titres et trophées ailleurs. S’ils sont régulièrement annoncés comme futurs rossoblù par les gazettes, Salvatore Sirigu ou Matteo Mancosu n’ont pas franchi le pas. Marco Mancosu, le petit frère, compte lui une quinzaine de matchs avec Cagliari, en tout début de carrière avant de trouver fortune ailleurs, notamment à Lecce et la SPAL.
Devant cette intransigeance, certains tifosi rétorquent qu’il ne s’agit pas d’être né sur l’île ou de revendiquer sa « sardité », pour devenir une idole du public. Ils n’hésitent pas à ressortir l’exemple du Scudetto 1970 remporté par un groupe au sein duquel il n’y avait… aucun Sarde.

Notre dossier :
1 – Cagliari, une identité nourrie de symboles forts (1/3)
2 – Cagliari, une identité portée par ses tifosi d’ici et d’ailleurs (2/3)
3 – Cagliari, une identité à forger sur le terrain (3/3)



Sébastien Madau



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