Cagliari, terre d’amours et de désamours de Massimo Cellino

Par Sébastien Madau publié le 23 Août 2019

Lors du tirage du calendrier de Serie A, nul doute que Massimo Cellino, le virevoltant président de Brescia, a attendu avec impatience la date des confrontations avec Cagliari. Et pour cause : l’industriel a tenu les rênes du club sarde durant 22 ans. Il aura été servi : ses « Hirondelles » se rendront à la Sardegna Arena dès dimanche pour la première journée. Le premier come back public pour ce président au bilan contrasté sur l’île, mais qui n’a laissé personne indifférent.
Massimo Cellino c’est 22 ans à la tête du Cagliari Calcio, le club de sa ville natale. Quand, à l’été 92, l’industriel dans l’agro-alimentaire rachète le club à la puissante famille Orrù qui a eu le mérite de porter le club de la Serie C à la Serie A, les conditions sont optimales : le club joue dans un stade Sant’Elia flambant neuf après sa restauration pour le Mondiale 1990 et possède en Enzo Francescoli un joueur qui donne une visibilité à l’équipe bien au-delà de l’Italie. Les résultats sportifs sont au-rendez-vous. Le bilan Cellino est positif : 17 championnats en Serie A et 5 en B. Mais surtout l’épopée européenne de 1994 qui verra les Rossoblù atteindre les demi-finales de la Coupe UEFA. Et sera la dernière expérience continentale à ce jour. A trois reprises, Cagliari termine dans le TOP10. Mais cela ne suffit pas.

Un président qui dérange

Au tournant des années 2000, le club végète en Serie B. Les tifosi, notamment les ultrà, s’impatientent. Ils reprochent au président de gérer son club de Miami où il réside et de privilégier le financier au détriment du sportif. En quelques années, deux camps s’affrontent dans la famille : les pro et les anti Cellino. La fracture traverse les supporters, les dirigeants, les joueurs. Sous sa gestion, il use pas moins de 27 entraîneurs et place sur son tableau de chasse de limogés des Trapattoni, Tabarez, Allegri, etc.
Hors de l’île, l’homme n’a pas non plus que des amis. Ses postes à la Ligue nationale de football ne sont pas une garantie de bons sentiments envers sa personne. Au contraire. Vexé par sa défaite lors du barrage du printemps 1997 contre Piacenza à Naples qui entraînera Cagliari en Serie B et par le comportement des supporters napolitains, il fera du Napoli son punching-ball. Comme ce jour de janvier 2008 ou alors que son équipe renverse le score dans les arrêts de jeu (de 0-1 à 2-1) les caméras le prennent en train d’insulter les Napolitains. Image détestable de celui qui voulait porter son club au sommet par la grande porte.

Passage par la case prison

Il comprend alors que l’heure est venue de mettre les voiles. Surtout que sa gestion l’a conduit jusqu’à la prison, à cause de l’épineux dossier du nouveau stade. Estimant ne pas être entendu par les autorités communales, Massimo Cellino décide de construire le stade Is Arenas dans la ville périphérique de Quartu Sant’Elena. Le dossier est fait de bric et de broc. La justice tombe sur lui et le maire pour mauvaise utilisation de fonds publics : prison puis arrêts domiciliaires. Avant que cela ne se tasse.
L’histoire d’amour avec Cagliari doit finir. Malheureusement, il rate aussi sa sortie. Il tergiverse. Un jour il vend, le lendemain il ne vend plus. A qui ? Un jour à des princes des émirats, le lendemain à un industriel italo-américain. Du Cellino tout craché qui veut être au coeur des attentions. Et se faire regretter. Finalement, la transaction se conclut à l’été 2014 avec un groupe industriel basé… en Sardaigne. Le président de la Fluorsid Tommaso Giulini lui succède. Les deux hommes se respectent. Sans plus. Qu’importe.
Le nouveau président souhaite écrire une nouvelle page de Cagliari alors que l’ancien veut en écrire ailleurs. D’abord à Leeds, en Angleterre de 2014-2017, sans résultat. Depuis août 2017, il dirige Brescia où il a investi dans un centre d’entraînement et une modernisation du stade. Deux saisons plus tard: retour en Serie A.
Le cœur de Massimo Cellino battra fort dimanche. Fort de sa fierté, il aimerait marquer les esprits devant « son » public. Et, pourquoi pas se faire regretter.

Sébastien Madau



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