Cagliari : quand les joueurs sardes se cherchent une place

Par Sébastien Madau publié le 13 Déc 2019

Le bon début de saison de Cagliari (4e) a suscité une grande fierté chez les tifosi sardes. On les sait exigeants envers leur club, leur équipe et leurs joueurs. Certainement parce que, outre l’aspect sportif, se mêle -là plus qu’ailleurs- de fortes questions identitaires dues à l’insularité. Aujourd’hui, Cagliari est LE club de la Sardaigne. Il subsiste çà et là quelques rivalités de clochers, comme avec la Sassari Torres ( Serie D), mais globalement Cagliari a réussi à mettre la Sardaigne de son côté, ainsi que les émigrés sardes.
Conscient de ces enjeux, le président Tommaso Giulini a su en profiter. Fini le ruban tricolore sous l’écusson. Les Quatre Maures figurent sur un emblème épuré et efficace. Quand il a fallu trouver un nom au stade provisoire on a choisi la Sardegna Arena. Sur le maillot, on place des sponsors locaux (la bière Ichnusa et l’artisanat Niedditas). Enfin, « Una terra, un popolo, una squadra » est devenu le slogan du club. Pourtant, face à ces éléments marqués, il en est un qui peine à émerger quantitativement : la présence de joueurs sardes dans l’effectif.

Ragatzu, premier buteur sarde depuis 1 an

Lorsque Daniele Ragatzu (photo) a marqué contre la Sampdoria début décembre en Coppa Italia, puis à Sassuolo, il a mis fin à un an de disette de buts inscrits par un Sarde. Nicolò Barella en l’occurrence. L’actuel joueur de l’Inter a longtemps été l’arbre qui cachait une forêt bien peu fournie en joueurs du vivaio.
Aujourd’hui, la présence d’enfants de Sardaigne se fait rare : Simone Aresti (troisième gardien) Alessandro Deiola qui n’ont jamais joué, Daniele Ragatzu (41 minutes jouées), Simone Pinna (100). On est en droit de se demander si leur présence n’est pas aussi due au fait que les clubs soient obligés d’inscrire au moins 4 joueurs issus de leur centre de formation.
Il serait toutefois injuste de concentrer les critiques sur les dirigeants actuels alors que le phénomène est latent. En effet, Cagliari a remporté son Scudetto en 1970 sans sarde dans son 11. Quand aux deux illustres Gianfranco -Zola et Matteoli- ils ont porté le maillot rossoblù la trentaine passée. L’exception qui confirme la règle est Gigi Piras, meilleur buteur sarde de Cagliari ayant réalisé toute sa carrière au club.

L’enjeu de la formation des jeunes

Deux pistes pourraient permettre de modifier la tendance. D’abord, faire rentrer au « pays » les Sardes évoluant ailleurs en Serie A. Outre, le désormais inatteignable Barella, on dénombre Salvatore Sirigu (Torino), Nicolà Murru (Sampdoria) et Marco Mancosu (Lecce). L’ancien portier du PSG -qui n’a jamais joué à Cagliari- est le rêve caché du président Giulini. Le capitaine de Lecce pourrait lui franchir un palier en rejoignant un Cagliari européen. Enfin, difficile d’entrevoir un avenir immédiat en Sardaigne pour Murru (formé à Cagliari et qui avait même été capitaine) étant donné qu’il a quitté l’île précipitamment après avoir été pris en grippe par les tifosi. A court terme, ces rapatriements pourraient avoir une belle valeur symbolique. Mais ils ne sèmeraient pas pour l’avenir. Comme pour beaucoup de clubs de province, ne pouvant recruter de joueurs à prix d’or, la solution passe par le développement de son centre de formation. Cagliari a visiblement retenu la leçon. Actuellement, Cagliari est tête du championnat de Primavera A. « Ils sont tous Sardes et cela ne peut que faire grandir notre satisfaction » décrit Daniele Conti, joueur le plus capé de Cagliari et désormais coordinateur technique de la Primavera dirigée par Max Canzi. De plus, le partenariat avec Olbia (Serie C) permet à aux jeunes (Primavera, premiers contrats pro) de s’aguerrir et cumuler du temps de jeu dans le football professionnel. « C’est une arme en plus à notre disposition. Il n’est pas facile d’amener tout de suite les jeunes en équipe première et c’est pour cela que dans le cadre d’une progression globale, nous franchissons des paliers grâce à Olbia ». Deux des Sardes actuels de Cagliari ont réalisé ce parcours : Pinna et Ragatzu. Avant de franchir le cap de leur premier match en Serie A. Le rêve de tout jeune footballeur sarde.

Sébastien Madau



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