Cagliari : Giulini cherche à entrer dans la cour des grands

Par Sébastien Madau publié le 14 Sep 2019

La saison 2019-2020 a une saveur particulière pour Cagliari. En effet, elle correspond au Centenaire de la fondation du club et au Cinquantenaire du Scudetto (1970). Dans ce contexte, les exigences -déjà fortes- des tifosi sardes sont montées en puissance : impossible de faire pâle figure.
Les dirigeants sont aussi de cet avis. Parfois critiqué pour son manque d’audace et la réalisation de « bons coups » sur le mercato (peut-il en être autrement alors que les prix flambent), le président Tommaso Giulini a décidé de changer de braquet à l’inter-saison. Le pari est réussi : son club a attiré l’attention des observateurs du calcio qui s’accordent à dire qu’il a réalisé -pour sa stature- un recrutement de poids : Rog (18), Nandez (17), Nainggolan (prêt), Simeone (16). Onzième au classement des achats. Niveau masse salariale, Cagliari passe dans la première moitié (9e) avec 44 millions par an, dont 3 pour Nainggolan. Record du club.

Quelle visée à long terme?

On a l’impression que le président Giulini a franchi un palier, dans la manière de mener les négociations, de faire respecter son club. Cinq ans après son arrivée, le voir s’affirmer ne peut être que bénéfique pour les Rossoblù. Toutefois, on est en droit de se demander si la visée de cette campagne de recrutement d’envergure est un feu de paille -nourri par les anniversaires historiques à commémorer- ou si la stratégie sera maintenue voire accrue les saisons prochaines. Rien n’est moins sûr.
Les efforts consentis sont énormes pour un club comme Cagliari qui fait régulièrement partie des bons élèves en matière financière et d’équilibre budgétaire. Cet été, Tommaso Giulini s’est mis dans le rouge. Financièrement mais également sportivement. Comme si plusieurs cartouches avaient été tirées conjointement. Quel retour sur investissement est-on en droit d’attendre ? Des plus-values sur des reventes futures ? Un exercice dont Cagliari s’est fait le spécialiste depuis plusieurs saisons ? Mais quid des ambitions sportives ? Vouloir entrer dans la cour des grands dirigeants italiens fera-t-il rentrer les « Quatre Maures » dans le TOP club transalpin. Difficile à croire.
Evidemment, la qualité du recrutement a fait naître des espérances. Trop peut-être. Si Cagliari a désormais les moyens de figurer dans la première partie du classement, il sera difficile de décrocher une place européenne tant la Serie A semble verrouillée. Entrer dans le TOP7 c’est être en capacité de jouer des coudes sur toute une saison avec la Juventus, le Napoli, les deux milanaises, les deux romaines, des outsiders tels l’Atalanta, le Torino, la Fiorentina ou la Samp. La tâche sera ardue d’autant plus que le début de saison est catastrophique avec un zéro pointé au bout de deux rencontres. Non, la nature du football moderne demande encore beaucoup plus d’efforts pour entrer durablement dans le cercle fermé des tops clubs.

Savoir être un grand club, au-delà du palmarès

Ce réalisme ne doit toutefois pas empêcher le président Tommaso Giulini d’avoir à l’esprit, outre des résultats sportifs, qu’il est à la tête d’une institution sur l’île. Un club sportif certes, mais également une structure à caractère social et de promotion de l’île au-delà de ses frontières. Cagliari est en effet  LE club des Sardes du monde entier.
Les chantiers ne manquent pas. La vocation du club à former ses jeunes plutôt qu’ils émigrent sur le continent en est un. Celle de la construction du futur stade également afin de faire rentrer ses infrastructures dans la modernité. Enfin, si le club veut également éloigner les critiques, il devra prendre à bras le corps la question du racisme. S’il n’est pas question de généraliser les comportements de quelques supporters sardes vis-à-vis des joueurs de couleurs (les tristes cas Muntari, Matuidi, Keane, Lukaku), il est notamment de la responsabilité des dirigeants du club (et de la Fédération italienne) de contribuer à éloigner de l’enceinte sportive les fauteurs de troubles. Pour faire du club de toute une région, un club conscient de l’histoire de l’île sur laquelle il évolue et dont la majorité des tifosi -issue de l’immigration- se situent en dehors de son territoire.

Sébastien Madau



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