Cagliari-AS Roma: une affaire de famille chez les Conti

Par Sébastien Madau publié le 07 Déc 2018

Ce samedi 8 décembre, Cagliari recevra la Roma à la Sardegna Arena. A coup sûr, les deux équipes viseront les 3 points pour lever quelques doutes. Deux hommes suivront particulièrement la rencontre : Bruno et Daniele Conti. Le père et le fils, l’un symbole de la Roma (1973-1991), l’autre du Cagliari (1999-2015). Un lien familial qui sera mis au second plan durant 90 minutes. Flashback.

Saison 1999-2000. Après avoir débuté à la Roma en 1996, Daniele Conti part pour Cagliari sous forme de co-propriété. Pour le fils du grand Bruno, il s’agit de se forger un caractère, se faire un prénom et gagner du temps de jeu. Et pourquoi pas rentrer an bercail. Il ne quittera plus jamais la Sardaigne. Il en deviendra le joueur le plus capé (464), un buteur aussi (51). Un symbole.

« La comparaison avec mon père devenait insupportable »

« Ce jour-là à l’aéroport de Fiumicino, j’avais le cœur gros, je me sentais abattu » se souvient Bruno Conti dans la préface de l’autobiographie de son fils (« La mia vita in Rossoblù », Arkadia, 2016). « J’étais triste car Daniele se détachait pour la première fois de nous et allait vivre dans une autre ville, loin, trop loin à mes yeux (…). Au fond, pourtant, j’étais content, ému. Je savais que c’était une occasion unique, il aurait pu donner un sens à sa passion pour le football ».
« Etre le fils de Bruno n’était pas chose simple » assure Daniele. « Sa présence me procurait de l’anxiété et la comparaison permanente commençait à être insupportable. A la moindre erreur, tout le monde te juge. Mais j’ai pris sur moi pour démonter ce que je valais. Je suis content d’être rentré dans l’histoire de Cagliari ». Car, faut-il le rappeler, Bruno Conti (402 matchs, 47 buts) suscitait la passion chez les tifosi giallorossi. « Quand j’étais petit, je savais combien mon père était connu et important. On parlait sans cesse de lui à la télévision. Tout le monde l’arrêtait dans la rue, et pas seulement les romanistes. Mais je me suis vraiment rendu compte qui était Bruno Conti après le Mondial remporté par l’Italie en 1982 ».
Très vite, on a cessé de parler à Daniele de son passé romain (« Ma maison, c’est Cagliari »). Alors que Bruno rêvait de voir son fils suivre ses traces. Surtout que Daniele a été baigné dans l’environnement romanista dès l’enfance. « Je suis né avec le mythe de la Roma; enfant je n’attendais qu’une chose: qu’arrive le dimanche pour aller au stade admirer mon père ». Il intégrera le centre de formation. Puis débutera en Serie A à 17 ans, sous l’ère Zeman. Il aura le bonheur de marquer avec la Roma (98-99) et aller fêter son exploit sous le virage Sud, tel que le faisait son père.

L’humilité, valeur commune

Une joie brève et intense. Et un avenir qui va plutôt s’inscrire en Sardaigne sous la houlette de Oscar Tabarez. La suite on la connait. Des joies (des buts importants, des accessions en Serie A), des peines (blessures, descentes en Serie B, relations tendues avec certains entraîneurs). Mais à chaque fois des émotions, pleines et entières.
Ironie du sort, Daniele Conti s’est fait un malin plaisir à souvent marquer contre son club formateur. A domicile ou à l’Olimpico. Sous les yeux du papa bougon, en tribune ou sur le banc. Jusqu’à devenir la tête de turc des romanistes. Le baptême du feu a eu lieu en 2006. « A partir de ce moment, je n’étais plus le fils d’un symbole de la Roma, mais un joueur important de Cagliari » résume Daniele qui fera trembler à cinq reprises les filets romains. Comme lors de la victoire à l’Olimpico en 2011. Daniele ôte alors son maillot et le lève face aux supporters sardes. « Fêter mes buts contre la Roma? Cela n’a jamais été une provocation. Ce fut un geste instinctif, mais avec un message clair : démontrer à tous que je ressentais sur moi un seul maillot et que Cagliari était désormais devenu pour moi une foi ».

A l’issue de sa carrière en 2015, Daniele Conti estimait qu’il était « un honneur d’être le capitaine, non pas d’une équipe, mais d’un peuple. Je ne me suis jamais considéré comme une bandiera car pour moi ce que je faisais était naturel: aimer Cagliari. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé des contrats meilleurs, des équipes plus fortes, et beaucoup d’autres choses. Et le plus beau c’est que cela ne m’a jamais pesé et avec le recul, je referai stout à l’identique ».
Un état d’esprit comparable avec celui de Bruno. Joueur adulé à Rome, il avait refusé bon nombre d’offres de club plus huppés à l’époque. « Papa a refusé beaucoup d’argent pour rester à Rome. Ce qu’il m’a laissé en héritage? L’humilité ».

Contrairement à son père (47 sélections), Daniele n’a jamais porté le maillot de la Nazionale, même s’il a souvent été pressenti. « Ma Nazionale a toujours été Cagliari. Je suis trop lié à ce maillot et le reste ne m’intéresse pas » coupait-il quand on l’interrogeait sur le sujet. Même si on peut raisonnablement penser qu’il aurait apprécié de marcher une nouvelle fois sur les pas de son père.

Sébastien Madau



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