Bonazzoli, l’homme-surprise du maintien

Par Michaël Magi publié le 22 Juil 2020

A quoi ça tient le football, franchement ? A quelques centimètres. A ce brin de vaillance qui vous met sans crier gare sur le chemin de la confiance. Avant la crise sanitaire, Federico Bonazzoli que l’on pensait un peu là par défaut, avait passé moins de 7 heures sur le pré. Pour un but ! Inscrit contre une Fiorentina qui l’avait de plus emporté. Quelques mois plus tard, l’attaquant de 23 ans formé à l’Inter est devenu l’un des hommes du maintien doriano.

A l’ombre du géant Quagliarella

4 buts sur les 3 derniers matchs : un retourné acrobatique de toute beauté, une frappe croisée de l’extérieur de la surface laissant Cragno impuissant, une reprise de volée de karateka improbable et ce but contre Parma, après un relais avec Quagliarella, qui a permis à la Sampdoria d’obtenir son maintien mathématique. Pas mal, hein ? Voici en tout cas le résumé – à l’instant T – d’une fin de saison démente, qui a gravé au burin le nom de Bonazzoli sur le cœur jusque-là desséché des tifosi blucerchiati.

La joie de Bonazzoli, à l’instant de ce but importantissime, se mirait dans celle d’un Quagliarella aux anges, poings serrés. Celle image forte illustre la relation particulière qui unit le vieux buteur et celui qui aspire à lancer enfin sa carrière sur de bons rails, après s’être souvent paumé en chemin : « Juste avant le but, raconte l’ex-interiste, nous avons échangé quelques mots avec Fabio. Au cas où nous nous retrouverions en capacité de combiner. Je ne le dirai jamais assez : Fabio est un immense champion et ses conseils me sont toujours profitables… »

Eclore coûte que coûte

Le soulagement est à la mesure des difficultés rencontrées par l’attaquant. Lombard de naissance mais cédé par l’Inter à la Samp en 2015, Bonazzoli n’a cessé d’être trimballé depuis lors. A Lanciano, Brescia, à la SPAL, à Padova. Affichant des qualités mais sans jamais lever de vrais doutes sur sa capacité à éclore au plus haut niveau. Ce sont bien sûr ces doutes qui ont émergé à l’intersaison, alors que Di Francesco, aux manettes du club, suppliait qu’on lui déniche des joueurs de couloir en phase avec ses principes de jeu. Ces joueurs ne sont jamais arrivés ; la Samp a connu une saison infernale. Bonazzoli est resté, sans être désiré. Et semblait parti pour jouer les bouche-trous dans une équipe condamnée à la médiocrité.

Sans signe avant-coureur, la saison a pris une toute autre direction. Qui l’aurait cru ? Même pas lui. Les doriani, grâce aux qualité de meneur d’hommes de Ranieri, se sont soudainement découvert une âme de guerriers. Bonazzoli a appris à marcher dans les pas de son capitaine.

Une régularité à trouver

Le défi, désormais pour Bonazzoli, sera de maintenir cette capacité à être décisif au sein d’un club auquel il a exprimé toute sa gratitude ces derniers jours et qui ne sera sans doute pas à même de dépenser des sommes folles sur le mercato. Ce défi a d’autant plus de sens qu’il ne lui reste plus qu’un an de contrat : « Sérieusement, je n’y ai pas pensé, affirme-t-il. Je dois beaucoup à la Samp et au président Ferrero qui ont cru en moi, depuis mes 17 ans, et m’ont laissé le temps, même lorsque j’étais perdu. Maintenant, je vis ce conte de fées et je ne veux pas gâcher le présent en pensant au futur. »

Que ce soit à Gênes ou ailleurs, Bonazzoli a du talent à revendre. Vif, rapide, loin d’être maladroit techniquement, malin dans ses déplacements, son bagage naturel n’a pas de quoi le faire rougir, vis-à-vis d’autres attaquants de Serie A nettement plus frustre. Mais le talent ne fait pas tout. Il n’est en revanche pas illogique qu’il ne souhaite pour l’heure que profiter d’un présent enfin doré. Heureux et aimé : il le serait davantage s’il marquait ce soir dans un derby qui compte tant pour des tifosi qui ont la caractéristique – de plus en plus rare – de ne pas avoir la mémoire courte et, dès lors qu’ils aiment, d’aimer inconditionnellement.

Michaël Magi



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