Bologna FC : un rêve nommé Europe

Par Luca Lorenzon publié le 21 Sep 2020

En décembre dernier, à l’occasion de la fenêtre du mercato hivernal, les médias italiens n’avaient qu’un nom à la bouche, celui du géant suédois Zlatan Ibrahimovic. Un temps annoncé du côté du Napoli avant de finalement atterrir au Milan AC, le dieu nordique du football avait également entretenu des contacts rapprochés avec Sinisa Mihajlovic. Le coach du Bologna FC, par sa volonté de recruter le Z, affichait alors clairement le nouvel objectif du club de la ville rouge : ni plus ni moins que l’Europe. Les espoirs de recruter Ibrahimovic s’étant envolés, que reste-t-il de cette volonté de rejoindre l’élite du football continental ?

Sinisa non mollare, Bologna è con te

Si la ville de Bologne est communément désignée par les surnoms de dotta (la savante), rossa (la rouge) et grassa (la grasse), souffle maintenant dans la ville un engouement nouveau autour de son équipe, qui pourrait lui valoir le surnom de sportiva (la sportive). Ce renouveau de l’enthousiasme bolognais trouve essentiellement sa source dans la personne de Sinisa Mihajlovic. Le coach serbe, arrivé en janvier 2019 en remplacement d’un Filippo Inzaghi en manque d’inspiration, a complétement changé la mentalité en opérant une remontée fantastique au classement. Confirmé à son poste pour la saison 2019/2020, son travail n’a pas pu être effectué en toute sérénité, faute au diagnostic d’une leucémie très agressive en Juillet 2019. La leçon de courage donnée par Sinisa dans son combat contre la maladie, en plus de fédérer son équipe autour de sa personne, a mobilisé l’intégralité de la ville de Bologne, où il n’était pas rare de lire sur un drap affiché aux fenêtres des habitants « Sinisa non mollare, Bologna è con te », c’est-à-dire « Sinisa ne perds pas courage, Bologne est avec toi ». Le retour de Sinisa sur le banc suite à sa convalescence à l’occasion de la quinzième journée de Serie A édition 2019/2010 avait d’ailleurs signé le début d’une remontée au classement. Depuis la treizième place avant le retour du Serbe, les emiliani sont remontés jusqu’à la 7e place lors de la 23e journée. Si le bilan post lockdown est moins reluisant avec l’obtention d’une pâle 13e position, la modeste équipe de province peut toutefois se targuer d’avoir fait tomber l’Atalanta à domicile (2-1), l’AS Roma à l’Olimpico (2-3) ainsi que l’Inter à San Siro (1-2).

Un groupe à l’image du coach

Afin de permettre de tels tours de force, le directeur sportif Walter Sabatini a mis à disposition du coach une équipe forgée à son image et qui présente un caractère à toute épreuve, comme l’exemplifie l’arrivée du rugueux Gary Medel lors du mercato estival précédent. Sinisa peut en outre compter sur un noyau équilibré mêlant à merveille jeunesse et expérience. En plus du renouvellement du capitaine Poli, on contera encore sur Rodrigo Palacio adulé par les supporters pour son esprit de sacrifice et ses performances toujours aussi impressionnantes pour un attaquant de 38 ans.

La jeunesse, incarnée par les élégants ailiers Barrow (21 ans) et Orsolini (23 ans), sans oublier Juwara (18 ans), Skov Olsen (20 ans) ou le prometteur milieu Dominguez (22 ans), vient également donner une touche de fantaisie et d’insouciance au milieu de tout ce sérieux. Dans cet esprit, le recrutement de la jeune pépite Vignato (19 ans) laisse entrevoir une réelle volonté de compter sur les jeunes italiens. Face à ces facteurs d’optimisme, le chantier principal reste la défense, qui s’est trop souvent montrée perméable au cours de l’exercice précédent, avec 65 buts encaissés. Si Tomiyasu semblait indéboulonnable sur le côté droit face à un Mbaye hésitant, Sinisa chercherait plutôt à en faire un central épaulé par Danilo, Banni ou une autre recrue. Pour l’instant, le serbe Lyanco apparaît comme l’objectif numéro 1 de Bologna, même si Ferrari de Sassuolo ainsi qu’Andrea Ranocchia ont été sondés. Quant au côté droit, l’officialisation de Lorenzo De Silvestri, que le coach serbe a côtoyé du côté de la Sampdoria, mais également du Torino et de la Fiorentina, a eu lieu, de quoi raviver la flamme.

Un rêve européen

Ces éléments sont-ils suffisants pour continuer à faire rêver les supporters rossoblu ? Il y a en tout cas de nombreux motifs d’espoir. Ce groupe soudé, plein de caractère et démontrant une certaine dose de fantaisie, devra toutefois trouver la régularité qui lui a fait défaut ces dernières saisons. Quoi qu’il en soit, la concurrence pour le 6e place sera rude. Le renouveau annoncé du Milan AC ainsi que les bonnes dynamiques enclenchées du côté de l’Hellas et de Sassuolo constitueront autant d’obstacle aux rêves d’Europe de Bologna. La détermination incarnée par la personne de Mihajlovic ainsi que l’équilibre d’un effectif dont les faiblesses ont clairement été identifiées ouvrent tout de même la possibilité à l’espoir. Pourquoi pas, dans un stade Dall’Ara bientôt restructuré, entendre résonner les chansons de Lucio Dalla, emblême de la ville de Bologna, lors de nuits européennes dont les supporters sont privés depuis la saison 1999-2000 ?

Luca Lorenzon



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