Bernardeschi et la dernière croisade : La Nazionale pour y croire ?

Par Rafaele Graziano publié le 18 Nov 2020

Allegri en avait fait l’un de ses chouchous, Ronaldo voyait déjà en lui une binôme idéal : à l’aise techniquement, polyvalent et enclin à sacrifier sa soif du but pour le bien du collectif, il avait tout pour plaire. Mais aussitôt son talent dévoilé que ses limites prennent le relais. Aujourd’hui dans la tourmente, Bernardeschi prend encore part au groupe azzurro en Nations League : la dernière ligne droite pour l’attaquant italien ?

Un homme plein de doutes

À peine quelques matchs de Champions League brillamment exécutés qu’il bascule inexorablement dans l’anonymat tel un pétard mouillé. Bernardeschi n’aura même pas profité de son talent : à peine quelques Unes sur la Gazzetta, la joie d’avoir mis à mal la bande à Simeone l’espace de 90 minutes et 2 scudetti – bijoux de pacotille. Bernardeschi, c’est un joueur avant tout sensible et fortement influencé par son équilibre affectif. En réelle perdition depuis le départ d’Allegri, il ne parvient jamais, même en substitut, à trouver les clés du jeu de son équipe, devenant davantage un problème qu’une solution dans un groupe à son image : fragile, en constante introspection, des vices autant imputables à la Nazionale qu’à la Juventus. Lorsqu’il rentre en partie, Berna force son jeu, ses dribbles sont prévisibles, ses passes téléphonées, il n’affiche aucune prédisposition au surpassement de soi ni au rehaussement du baromètre collectif.

La rédemption n’est presque même plus souhaitée par les tifosi qui sont, d’une part à Turin, déjà contraints de faire face à des fiasco à répétition et d’autre part, du côté de la Nazionale, dans un espoir constant de renaissance tant l’âme de l’équipe s’est décousue ces derniers temps. Les états d’âmes de celui qui débarquait avec l’espoir d’apporter une plus-value italienne au groupe turinois et devait prendre une envergure internationale afin de dynamiser et sublimer l’attaque italienne de sa patte gauche n’affectent désormais plus personne. Un malheur qui vient assombrir le sort du joueur, à jamais inexploré et inexplorable. Divorce inévitable ?

Au bon endroit, au bon moment

Si son avenir s’estompe, Bernardeschi jouit d’une reconnaissance exceptionnelle le rendant quasiment invulnérable : il est aligné par Sarri et Pirlo sans la moindre satisfaction, et pourtant titularisé avec la Squadra – n°10 cousu sur le dos, s’il vous plaît. Le temps passe, les entraîneurs se succèdent, la confiance est certes moindre mais elle persiste. Est-ce le rythme effréné d’un calendrier impitoyable, l’absence de concurrence alors que les blessés se multiplient ou simplement un choix personnel qui conduit Mancini à lui accorder les rennes de sa sélection ? Face à l’Estonie et alors que le jeune ailier turinois ne compte que 113 minutes de jeu (32′ en C1 et 82′ en Serie A), c’est Evani, l’assistant du ct italien, qui le titularise confirmant sa pleine confiance en marge de ces 10 jours de trève internationale.

Un choix qui semble porter ses fruits puisque le poste d’ailier offensif lui avait bâti sa réputation de jeune talent à la Fiorentina, d’une part, mais surtout car ses prestations face à la Pologne et l’Estonie sont un réel succès. Federico marque et fait marquer : notamment face aux Estoniens, il incarne fièrement le visage de la Squadra; il occupe l’ensemble du front d’attaque de son flanc droit de prédilection au flanc gauche par des incursions insidieuses, se projette, se rend disponible et même si le but est encore une denrée rare, il affiche un visage satisfaisant et proactif, comme pour repayer les encouragements incessants du staff azzurro ou pour demander à ses tifosi d’avoir, finalement, plus « fede« .

Qu’on le veuille ou non, Bernardeschi est un joueur complet, au potentiel aussi réel qu’inexploité, capable du meilleur comme du pire, mais si la rédemption du joueur venait par la Nazionale ? Mancini peut-il se payer le luxe d’attendre son réveil alors qu’il dispose de tauliers de Serie A et que d’autres talents jaillissent déjà de l’autre côté des Alpes ? D’autre part, s’il n’est pas l’attaquant idéal pour l’Italie, qui d’autre a-t-il réellement confirmé avec la Nazionale ?

Rafaele Graziano



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