Benevento, belligérant d’un derby sous cloche

Par Michaël Magi publié le 25 Oct 2020

A 15h00 ce dimanche, à l’heure des braves, Benevento affronte le Napoli, dans le cadre d’un derby tout-nouveau-tout-beau qui ne sera que le 3e du genre en Serie A. Après un début de saison plutôt réussi, les hommes d’Inzaghi comptent bien surprendre les partenopei, dans un contexte sanitaire brulant qui n’incite guère à l’optimisme.

Vieux pots, meilleures recettes

C’est dans la foulée d’une saison-canon durant laquelle les Sanniti auront littéralement roulé sur la Serie B que le Benevento Calcio aborde l’élite. Les 15 points d’avance acquis l’année dernière sur le dauphin illustrent parfaitement une domination rien moins qu’historique. Aucune promotion dans l’Histoire de la Serie B n’aura en effet été obtenue si largement. Seul l’Empoli de la saison 2017-2018, avec ses 13 points d’avance au terme de la saison, concurrence le club campanais.

Aussi éclatante que soit cette domination, elle appartient toutefois au passé – au-delà de la confiance sur laquelle les joueurs semblent encore parfois surfer. Mais à l’heure de combattre pour vendre chèrement sa peau, dans cet éternel recommencement qu’est le football, le club a sagement décidé d’appliquer une recette qui a régalé la saison dernière, en s’appuyant sur un socle de joueurs d’expérience, rompus aux exigences du haut niveau. Ionita, Iago Falque, Hetemaj : tels sont les grognards qui ont rejoint cet été un groupe homogène qui a déjà deux victimes à son tableau de chasse : une Sampdoria qui a eu le tort de sous-estimer son adversaire et Bologna, battue par la plus petite des marges sur un but de l’inoxydable Lapadula.

Derby entre amis

Sèchement battu la semaine dernière par une Roma impitoyable, Benevento aura sans doute à coeur de se racheter dans un derby qui sera le 5ème de l’histoire (le 3ème en Serie A). Ne cherchez pas d’éventuelles animosités entre deux clubs qui se sont rencontrés pour la première en 2004-2005 en Serie C. Il n’y en a aucune, comme l’annonçait Oreste Vigorito, le Président giallorosso, ce vendredi : « Les fans des deux clubs ont toujours eu de la sympathie l’un pour l’autre et depuis que Benevento est apparu au haut niveau, les Napolitains sont ouvertement sympathisants de notre équipe. Ils nous ont donné de l’amour et le peuple de Benevento le leur a rendu… C’est un jumelage virtuel… »

Pour autant, Benevento n’accueillera pas le Napoli en victime expiatoire. Et Inzaghi aimerait sans nul doute être le premier entraineur de Benevento à obtenir une victoire contre le grand frère napolitain. Une performance qui constituerait un véritable exploit quand on sait qu’en 4 confrontations entre les deux clubs, les partenopei l’ont invariablement emporté et ce, sans même encaisser le moindre but. Un ratio qui fait peur mais moins que la forme offensive des napolitains qui ont écrabouillé le Genoa (6-0) comme l’Atalanta et capitalisent sur les états de forme d’un Lozano retrouvé ou d’Osimhen, l’une des meilleures pioches du dernier mercato.

Une région sous tension

Fort de ces 6 points et d’un projet de jeu aventureux, Benevento ne manque pas de perspectives. Hélas, ce derby qui aurait pu être une fête se jouera sous une chappe de plomb, dans une région étranglée par la crise sanitaire. 1000 billets ont été mis en vente…à la destination exclusive des résidents de la ville et de la Province du Sannio. C’est par ailleurs le spectre d’un nouveau lockdown qui menace toute la région, alors que vendredi soir, des commerçants ont manifesté en ville peu avant l’heure du couvre-feu, demandant des aides concrètes pour surmonter la crise économique. Et que, dans le même temps, des heurts ont opposé à Naples, forces de l’ordre et citoyens anti-couvre-feu.

Preuve, s’il en était besoin, que cette crise dépasse de loin les polémiques liées à ce Juventus-Napoli qui n’a pas eu lieu, alors que le Président de la région, Vincenzo De Luca, devrait proposer prochainement aux autorités gouvernementales la mise en place d’un confinement. De fait, une ombre plane sur les clubs de Campanie, de Naples à Benevento, en passant par la Salernitana. Le 18 octobre dernier, un de ces fameux décrets ministériels (DPCM) qui règlementent et rythment la crise, confirmait « la poursuite des épreuves et compétitions » relatives « aux fédérations sportives nationales ». Les clubs campanais attendent fébrilement des clarifications. Parmi ceux-ci, le Benevento, désireux d’enquiquiner les gros poissons.

Michaël Magi



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