Avec Pjanić, la Juventus a-t-elle (enfin) trouvé l’héritier de Pirlo ?

Par Rafaele Graziano publié le 20 Oct 2019

Depuis le 13 juin 2016, Miralem Pjanić est un titulaire indiscutable de la Juventus d’Allegri, pourtant, son bilan semble toutefois mitigé. Tantôt impressionnant, tantôt exaspérant, le Bosnien vit aujourd’hui un début de saison gargantuesque depuis l’arrivée de Sarri avec un nouveau but hier face à Bologna. Est-ce finalement la bonne saison pour lui ?

Un rôle primordial

Il est important de situer le rôle de Pjanić dans le contexte approprié; il s’agit là du rôle de milieu relayeur, un poste occupé précédemment par les meilleurs joueurs de notre génération, et récemment, par un certain Andrea Pirlo. La Juventus a compté sur le génie de l’italien pendant plusieurs années, et si elle a obtenu les résultats que l’on connait sous Conte, c’est avant tout grâce au champion du monde : sa vision de jeu et sa technicité ont fait le bonheur de ses entraîneurs au point de porter la Juve (et la Nazionale) au sommet du football européen. Aussi, nul doute que débarquer au milieu de terrain de la Vieille Dame, à peine orpheline d’une légende internationale et maître en la matière, doit peser sur les épaules du bosnien.

Comme si ça ne suffisait pas, les départs de Vidal et Pogba n’ont pas été d’une grande aide, et malgré l’arrivée de Pjanić, le milieu turinois a beaucoup perdu en épaisseur et en solidité depuis 2016 si bien que les défaites subies en Europe en ont souvent été la cause : face au Bayern (2016), face au Real (2017 et 2018) mais surtout récemment face à l’Ajax en avril 2019 où le manque de personnalité s’est largement fait sentir. Le rôle de Pjanić à la Juve est ingrat : le jeu turinois passant essentiellement par lui, le résultat d’une rencontre influencera grandement ses critiques, et inversement, son rendement sur le terrain influencera grandement l’issue du match.

Un collectif renforcé

Si son mental ne lui permet pas de passer le cap de leader indiscutable (le jeu bianconero étant le premier à en pâtir), la récente arrivé de Maurizio Sarri semble avoir une influence positive sur le joueur. Leur entente est indéniable et alors que les dirigeants turinois étaient disposés à écouter d’éventuelles offres pour le bosnien, l’entraîneur toscan fait front et insiste pour placer Pjanić au centre de son projet. Il promet au bosnien une révolution : davantage d’intensité, de possession, mais surtout de liberté pour exprimer son talent. Un rôle plus important donc, qui se traduit notamment par des promesses : minimum 100 ballon touchés et 13km par match, des performances de haut vol souhaitées pour faire de l’ex lyonnais une star turinoise.

Depuis le début de saison, Pjanić tient le rythme, grâce à un entraînement spécialisé à la Continassa, il se surpasse et enchaîne les bonnes performances sous le maillot bianconero mais aussi en sélection. C’est lui qui donne le tempo et qui fixe les règles. On note particulièrement la justesse technique exigée par Sarri ; avec un jeu collectif total impliquant un pressing haut, un jeu en triangle sur les couloirs et un remaniement offensif perpétuel permettant à Pjanić de moins souffrir la pression, de reculer, de récupérer davantage et de s’exprimer au mieux, notamment en une touche de balle. Un schéma qui se vérifie notamment contre l’Inter ou l’Atletico, matchs références. Avant le derby d’Italie justement, Fabio Cappello avait été interrogé par SkySports en vue d’un éventuel pronostic, celui-ci répondit simplement « si j’étais Conte, je ferais tout pour stopper Pjanić« . Le maître artificier semble retrouvé, il compte en moyenne 102,6 ballons touchés, 79,87% de passes réussies mais surtout 9,12 récupérations de balles par match, une nette amélioration constatée dans chaque domaine par rapport à l’an passé.

Pour faire simple : si Pjanić joue bien, la Juve joue bien. Sans doute que son profil, plus timide que d’autres stars de la discipline comme son prédécesseur Pirlo, nécessitait un remaniement collectif pour exploser, et le nouveau Miralem semble déterminé à porter la Juventus sur ses épaules. Cette dernière aurait-elle (enfin) trouvé, en Pjanić, la pièce manquante lui permettant de franchir le cap en Europe ?

Rafaele Graziano



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