Auguri Diego !

Par Sébastien Madau publié le 30 Oct 2020

Cher Diego,

Joyeux 60e anniversaire !

1984. Qu’il semble loin le temps où, banni d’Espagne, tu as débarqué à Naples ! Un moment inoubliable pour les tifosi qui t’ont vu arriver au pied du Vésuve tel un miracle. Loin, mais proche à la fois. Tant les souvenirs sont ancrés dans les cœurs et les esprits.

Tu avais le talent pour jouer dans les plus grands clubs du monde, mais le Napoli était fait pour toi. Et toi pour lui : adulés par les uns, détestés par les autres. Tu as endossé le maillot d’une ville décriée mais qui, en même temps, suscite les plus belles passions. Une ville qui aime ses couleurs, ses joueurs, son club. Qui s’enivre autant qu’elle se perd. Deux destins cabossés. Trop peut-être pour ce Nord qui aime rappeler sa suprématie (footballistique et économique) aux gens du Mezzogiorno. Et pourtant…

Tu as hissé le Napoli – et donc Naples et les Napolitains – au sommet du football italien. Pas une fois, mais deux. Sans oublier la Coppa Italia et UEFA. La disette avait été tellement longue que tout était bon à prendre. Vivre le moment présent à 100% telle aurait pu être ta devise. Pas besoin de te faire un dessin.

Tu débordais de talent technique. Alors, beaucoup ont résumé le succès de tes équipes à ta personne. Ne dit-on pas que tu as remporté à toi seul le Mundial 86 ? Que dans le même match tu as pu produire le pire (avec la main) et le meilleur (avec les pieds) face à l’Angleterre. Humiliant ainsi le Royaume qui avait humilié ton peuple aux Malouines.

Et à Naples ? Certes, durant 7 ans les regards se sont majoritairement porté sur ta personne, tous les « dimanche 15h00 ». Mais ta présence a élevé le niveau de tes co-équipiers jusque-là cantonnés aux seconds rôles et servi de tremplin à la génération montante. Tes adversaires de prestige ont aussi contribué à glorifier tes succès. Comme lorsque vous avez fait chuter la Juventus de Platini ou le Milan de Sacchi.

Ta vie napolitaine est un festin dont les familles italiennes ont le secret : on mange, on boit, on rit, on pleure, on jouit. Demain sera un autre jour. Tu l’as appris à tes dépens. Tu es monté si haut que lorsqu’ils t’ont poussé, la chute a été terrible. Après ce tragique été 90.

Attention ! Dans la multitude d’emmerdes qui te sont tombées sur les épaules beaucoup portent ta signature. Tu as joué, gagné, perdu. Sans te dédouaner de tes responsabilités, on est encore curieux de savoir pourquoi les mêmes (fédération, hommes d’affaires, publicitaires, journalistes, etc.) qui t’adulaient, te tutoyaient, te mettaient le bras autour du cou, te quémandaient le moindre souvenir pour offrir à leur enfants… t’ont, du jour au lendemain, lâché. Et lynché.

Les Nuits Magiques des Italiens que tu as ruinées (à Naples !) en demi-finale du Mondial 90 comportent certainement une partie de la réponse. Ce soir-là, on a exigé des Napolitains qu’ils choisissent entre leur héros du « dimanche 15h00 » et leurs héros de la Nazionale. Au final, tout le monde a perdu. Toto Schillaci & Co ont pleuré toutes les larmes de leur corps, ton Argentine s’est faite détester de tout un pays. Ton sort était scellé.

Après ton départ en 1991, une page du calcio s’est tournée. Les « dimanche 15h00 » ont commencé à vaciller -pay tv oblige-. Aux enfants terribles comme toi ont succédé les gendres idéals (Van Basten, Mathaus, Scifo, etc.). Les clubs n’avaient plus le temps de perdre du temps. Ni de l’argent.

A Naples, tu resteras à jamais dans le cœur des tifosi. Ils t’ont érigé une statue mais n’ont pas transformé leur club en musée. N’oublie pas qu’ils supportent avant tout leur club. Ils ont su ouvrir la porte à une nouvelle générations elle aussi amante du maillot (Cannavaro, Hamsik, Mertens, Cavani, Insigne, etc.).

Tu as écrit les plus belles pages de l’histoire du Napoli. Mais cette histoire continue. Avec ton soutien indéfectible.

Auguri Diego !

Sébastien Madau



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