Attilio Tesser : le stratège de Pordenone

Par Michaël Magi publié le 02 Mai 2019

Ce dimanche, Pordenone a enfin validé sa promotion : en patron, sur un terrain détrempé, après une victoire 3-1, acquise contre la Giana Erminio. Le petit club frioulan découvrira donc bien la Serie B, pour la première fois de son histoire, l’année même de son centenaire. Un aboutissement, après plusieurs semaines d’attente fiévreuse, étrangement logique, qui doit beaucoup à son coach, Attilio Tesser.

Sirop Tesser, sirop amer

C’est en 1992 que Tesser entame sa reconversion d’entraineur, après une honnête carrière de latéral gauche de Serie A, durant laquelle il aura porté les tuniques du Napoli, de l’Udinese ou de Catania, sans parvenir à concrétiser toutefois les espoirs placés en lui à la fin des années 80 ; espoirs qui lui auront valu quelques sélections avec les U21 italiens. Après plusieurs années à apprendre à la dure le métier d’entraineur, au sein de divisions inférieures – échouant notamment de peu à conduire la Triestina en Serie A – Tesser obtient en 2005 une première chance au sein de l’élite, par l’intermédiaire de Massimo Cellino, président sulfureux et cyclothymique de Cagliari, qui cherche alors à remplacer Arrigoni, limogé il y a moins d’un mois.

L’aventure tournera court – le temps d’un match pour être exact. Regrettant visiblement sa décision, Cellino savonne sans vergogne la planche de l’entraineur vénitien. « Nous verrons bien s’il est chanceux », dit-il ainsi à son propos, sarcastique, à la veille du premier match de championnat. Le poisson pourrissant par la tête, l’entrée en matière se solde par une défaite 2-1. Sur le terrain de Siena, porté ce jour là par un doublé d’Enrico Chiesa. Le soir même, Tesser est viré sans ménagement. Cruelle désillusion qui ne le désarme pas. Ce n’est ainsi qu’à lui-même qu’il devra son retour en Serie A. Avec Novara, qu’il conduit entre 2009 et 2011, de Lega Pro en Serie A. Remarquable exploit qui lui vaudra de glaner la panchina d’argento en 2012, décerné par la FIGC.

Expert es promozioni

Novara, en dépit de quelques coups d’éclat, ne parviendra pas à se maintenir et l’entraineur vénitien, limogé sans la moindre reconnaissance, continuera son périple. Avec la Ternana, Avellino ou la Cremonese, avec laquelle il connaitra une autre promotion en 2017. C’est sans doute sa qualité d’expert en promotions diverses, de même que son aptitude à tirer le meilleur d’un groupe, qui inciteront le Président Lovisa à faire appel à lui pour guider Pordenone vers la concrétisation de rêves de grandeur conçus il y a quelques années. L’objectif n’impressionne alors pas Tesser outre mesure : « Je ne pars pas de zéro. Je m’appuie sur un projet sérieux, organisé, pour porter le club en Serie B en deux ans ».

La suite, on la connait. Tesser devance le plan de charge. Porté par une défense intraitable, Pordenone écrabouille son groupe sans trembler. Bien qu’habitué à l’ivresse toute populaire des ascensions, Tesser, que le vertige n’étreint jamais, ne boudait pas son plaisir, ce dimanche, après la victoire des siens : « C’est une immense satisfaction pour la ville, le club, cette bande de garçons extraordinaires. Je ne connais pas l’issue de la prochaine rencontre (NDLR : Pordenone jouera son dernier match ce dimanche sur le terrain du Feralpi Salo), mais un championnat avec seulement 3 défaites, c’est incroyable. J’ai vu pleurer les joueurs les plus expérimentés, c’était un grand frisson ». A quelques jours de fêter son 61ème anniversaire, Tesser est naturellement sollicité. Il devrait toutefois poursuivre avec Pordenone, soutenu par un Président qui ne cesse de rappeler que le Mister justifie encore d’une année de contrat. L’année prochaine, il s’agira pour lui, et pour les ramarri del Noncello, d’assurer un maintien qui n’a rien d’évident sur le papier. Ironie de l’histoire, Pordenone jouera sans doute ses matchs à domicile à la Dacia Arena, prêtée par une Udinese qui doit encore arracher son maintien en Serie A, sous peine de partager son joyau, avec un encombrant petit rival, à l’échelon inférieur. Attilio Tesser l’espère peut-être secrètement. Peut-être s’imagine-t-il déjà vainqueur d’un derby d’un nouveau genre, qui plongerait toute une région dans l’effervescence.

 

Michaël Magi



Lire aussi