Après 1966, la Serie A se ferme à l’ouverture

Par Christophe Mazzier publié le 22 Fév 2021

Après l’échec de la Coupe du monde 1966, la FIGC ferme les frontières aux joueurs étrangers. Elle impose aux équipes italiennes l’Autarcie footballistique. L’objectif étant de prioriser le joueur Made in Italy afin d’élargir le bassin de sélectionnables. Alors que de nos jours, de nombreuses personnes se plaignent du peu de joueurs nationaux dans les effectifs, nous allons revenir sur ces années très italo-italiennes.

Après Pak Doo Ik, le déluge

Pak Doo Ik, ce doux nom nord-coréen, fait encore frémir ou rigoler de nombreux supporteurs aujourd’hui. Lors de cette Coupe du monde 1966, la Squadra Azzurra n’est certes pas la favorite, mais avec dans ses rangs des joueurs de l’acabit de Facchetti, Bulgarelli, Rivera et Mazzola, on pouvait s’attendre à mieux qu’une défaite au premier tour face à une équipe asiatique constituée d’amateurs.

A postiori, le contesté sélectionneur Fabbri n’était pas l’homme de la situation, lui qui n’avait connu qu’un club, Mantova, qu’il avait fait monter de la 5ème division à la Serie A. Le capitaine Bulgarelli qui souffrait du genou avant le match n’aurait peut-être pas dû être titularisé, blessé il laissera ses partenaires qui finiront à 10. Les remplacements n’étant pas autorisés. Son match nul face au Chili, et sa défaite face à l’URSS n’auront pas arrangé les choses…

Une dictatoriale « autarcie »

Quoi qu’il en soit cette sortie prématurée retentissante va secouer la péninsule. Les Oriundi seront les victimes expiatoires, notamment Sivori et Altafini. Mais pas qu’eux. La FIGC interdit désormais à tous les clubs italiens de recruter des joueurs étrangers. Parmi les survivants, ils restent tout de même d’excellents joueurs. Jaïr, Suarez, Haller, Charles, Altafini, Sivori… pour les citer. Même les oriundi ne seront pas les bienvenus non plus, contrairement à la période fasciste.

La Fédération, avec Artemio Franchi à sa tête, décide donc en 1966 de fermer les frontières. Celle-ci le seront jusqu’en 1980-1981, soit pendant 14 ans. Lors de cette saison, les 16 clubs composant la Serie A pourront recruter un joueur étranger.

Et les résultats alors ?

Pendant ces 14 ans, entre autres, Ferruccio Valcareggi officiera à la tête de la sélection, qui sera sacrée championne d’Europe en 1968. La Squadra Azzurra participera également aux mythiques demi-finales, considérée par beaucoup comme le match du siècle, et finales (perdu 4-3 face au Brésil) lors de la Coupe du monde 1970. Puis en 1974, l’amalgame ne prend pas entre l’ancienne génération, arrivée en bout de chemin, et la nouvelle pas encore assez mure.

Puis en 1978, l’Italie de Bearzot renaît. Elle propose un jeu spectaculaire et repose désormais sur un noyau de joueurs talentueux (Zoff, Gentile, Cabrini, Scirea, Tardelli, Rossi…) qui seront le socle de l’Italie vainqueur en 1982.

Au niveau des clubs, le gouffre par rapport à l’Ajax, aux équipes allemandes, belges et anglaises est béant. A part, le Milan AC en 1969, et la Juventus en 1977, l’Italie connait ses pires années sur le plan européen. Son coefficient UEFA s’en ressent, et atteindra un plancher jamais égalé, la douzième place.

Pas mal de bonnes surprises

Si tout n’a pas été rose pendant cette période, cette expérience de 14 années fournies quelques données intéressants.

Le mythique « Bomber » italien fait, désormais, partie du paysage. Gigi Riva explose à Cagliari et mène son équipe au titre en 1970, la Lazio de Chinaglia fait de même en 1974, suivit par la Lazio des « Gemelli del Goal », Pullici et Graziani, qui remporteront le scudetto en 1976. Le « Perugia dei Miracoli » de Castagner effectue une très grande saison en 1978-1979, le Lanerossi Vincenza fait émerger le « Pablito » Rossi… Chaque équipe a ses idoles, son fuoriclasse

Pendant ces années, la Nazionale se crée des maux de tête quant au choix d’aligner Rivera ou Mazzola, l’Inter tient dans ces rangs le prodige Boninsegna, Trapattoni à la Juventus battit une équipe-machine programmée pour vaincre, des équipes du centre et du sud émergent tels que Catanzaro, Avellino, Ascoli, Ternana. Et puis.

L’apogée en 1982, puis l’ouverture et le leadership

Et puis, les clubs de Serie A pourront de nouveau recruter, et aligner, un joueur étranger. Le Calcio prendra le virage du football business opéré dans ces années, grâce aux télévisions. Rudi Krol débarque au Napoli, Falcao à la Roma, Brady à la Juventus, Prohaska à l’Inter… La saison suivante deux étrangers pourront être alignés… Et puis l’histoire nous apprendra que le calcio deviendra la référence pendant deux décennies.

Christophe Mazzier



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