Annibale Frossi, le champion aux lunettes

Par Frédéric Marjary publié le 24 Juin 2019

Annibale Frossi a eu tellement de vies qu’essayer de les raconter dans un film ou dans un livre ne serait suffisant. De sa passion cachée pour le football à sa mère voulant qu’il devienne médecin, à sa médaille d’or aux Jeux Olympiques de Berlin, en passant par huit années en nerazzurro, une expérience en tant que dirigeant chez Alfa Romeo et une carrière de journaliste sportif… Tout cela lié par un objet qu’il n’a jamais quitté depuis son enfance en raison d’une myopie, sa paire de lunettes.

Interista dès la naissance

Né à Muzzana del Turgnano dans le Frioul en 1911, Annibale fait ses premiers pas dans le football professionnel à Udine. Évoluant au poste d’attaquant, l’Italien était intelligent, doté d’une superbe frappe de balle mais surtout très rapide. Il courait le 100 mètres 11 secondes et 40 secondes, balle au pied ! Ses bonnes saisons passées à l’Udinese, Padoue, Bari et l’Aquila lui permettent de revêtir, en 1936 et contre 50 000 lire, les couleurs de son club de cœur : l’Inter (appelée à l’époque Ambrosiana-Inter). « Mon état d’esprit est indescriptible quand je joue avec Meazza, Demaria et Ferraris. Mon coeur s’arrête et je ne contrôle plus mes jambes quand je rentre sur le terrain avec eux. » Frossi réalise son rêve de jouer avec ses idoles à l’âge de 25 ans. Son transfert chez les Nerazzurri lui permet même d’éviter d’être appelé pour le conflit entre l’Italie et l’Ethiopie. Avec l’Inter, il remporte deux championnats nationaux ainsi qu’une coupe d’Italie. Il marque 49 buts en 147 rencontres disputées. Il revient au sein de la Beneamata lors de la saison 1956-1957 en tant qu’entraîneur. Il est un des précurseurs du football moderne en raison des moyens précis et avancés qu’il utilise lors de la préparation des matchs. Annibale a toujours défendu férocement ses idées, qui étaient parfois critiquées et rejetées par la communauté footballistique de l’époque. Il fait aussi partie des inventeurs du faux numéro 9. Pour lui, un match de football qui se termine à 0-0 est un bon résultat car c’est la preuve de l’équilibre de l’opposition.

Le héros de Berlin

Dans un contexte politique tendu, l’Italie se rend à Berlin en 1936 pour y disputer les Jeux Olympiques. Vittorio Pozzo a convoqué Frossi, tout juste transféré à l’Inter, pour la première fois. Le tournoi débute directement par les huitièmes de finale et la Nazionale s’impose 1-0 contre les Etats-Unis grâce au buteur nerazzurro. Au tour suivant, les Italiens affrontent les Japonais. Un match à sens unique puisque l’Italie gagne 8-0 avec un triplé d’Annibale Frossi. L’attaquant est encore une fois décisif en demi-finale, puisqu’il marque le but du 2-1 en prolongations contre la Norvège. En finale, la Squadra Azzurra est opposée à l’Autriche. Frossi marque le premier but de la rencontre à la 70ème, avant que l’Autrichien Kainberger égalise à la 79ème. Les deux équipes sont dos à dos à la fin de la deuxième mi-temps et on se dirige vers les prolongations. Comme contre la Norvège, Frossi revêtit son costume de sauveur et marque. L’Italie remporte la compétition, menée par un homme qui a marché sur l’eau lors de ces 4 matchs. Médaillé d’or, il marque encore contre la Hongrie en 1937 au cours d’un match amical, qui sera son dernier avec l’équipe nationale. 8 buts en 5 matchs, il détient un des meilleurs ratios but/match de l’histoire de l’Italie. Malgré ça, Pozzo ne le convoquera plus, lui préférant Piero Pasinati, attaquant de la Triestina. Héros éphémère avec son pays, il aura tout de même laissé un des plus grands héritages du Calcio. Il décède en 1999 à Milan suite à une pulmonie. Une rue proche du Stadio Friuli (aujourd’hui Dacia Arena) lui est dédiée à Udine en sa mémoire.

Frédéric Marjary



Lire aussi