Anne O’Brien : la première légende féminine du calcio

Par Yacine Ouali publié le 21 Mai 2020

5 Scudetti, 2 Coupes d’Italie. C’est mieux que Francesco Totti ou que Roberto Baggio. Et pourtant… la personnalité qui dispose de ce palmarès est quasiment inconnue en Italie. Il s’agit d’Anne O’Brien, véritable pionnière du développement du football féminin dans le pays (à droite sur la photo). Décédée en 2016, O’Brien aurait certainement apprécié de voir l’importance qu’a pris le calcio femminile ces dernières années, avec entre autres l’épopée européenne des joueuses de la Fiorentina, battues en huitièmes de finale de la Champions League la saison dernière.

Des débuts modestes en Irlande et à Reims

Née en 1956, Anne O’Brien commence à jouer au football à une époque où le jeu féminin est très peu développé, voire inexistant. Cela ne l’empêche pas de jouer avec les garçons de son quartier, et de se faire remarquer par le « Dublin all-stars club », l’une des premières institutions de football féminin dans le monde.

En 1973, O’Brien se fait recruter par le Stade de Reims, meilleur club féminin du monde, après un match amical où elle porte pour la première fois le maillot national irlandais. Ce transfert sera celui de la révélation pour O’Brien, qui gagne trois championnats de France consécutifs et s’impose comme l’une des meilleures joueuses du monde.

Une odyssée italienne

C’est en 1976 que la carrière d’Anne O’Brien prend un nouveau tournant, avec son transfert à la Lazio. À l’époque, l’Italie était la nation où le football féminin était le plus développé.

Bardée du numéro 10 à 20 ans, O’Brien arrive à la Lazio pour jouer en trequartista. Elle soulève son premier trophée en 1977 (Coupe d’Italie), et remporte le premier de ses cinq Scudetti en 1979, exploit qu’elle réitère l’année suivante. Le rôle qu’elle joue dans les victoires de la Lazio est tel qu’elle acquière une reconnaissance unanime chez la presse. Quelques années plus tard, le Dizionario del calcio italiano la décrira comme une passeuse hors pair, et l’une des meilleures joueuses étrangères du championnat d’Italie.

Après trois ans sans titre à Rome, O’Brien débute un long voyage à travers les clubs italiens. Elle atterrit à Trani (sud de l’Italie) en 1983, et aide le club, le Trani 80, à gagner son premier Scudetto en 1984. C’est ensuite le retour à Rome pour deux ans, durant lesquels elle gagne encore la Coppa, avant de s’envoler pour Modena. Son transfert marque alors le début d’une courte période de doute, durant laquelle elle accouche de son premier enfant et ne gagne pas de titre jusque 1989.

Cette anomalie est toutefois rapidement corrigée, avec la victoire de deux Scudetti supplémentaires à la Reggiana, puis d’un dernier Scudetto en 1992 avec le Milano 82 Salvarani. En 1994, Anne O’Brien raccroche les crampons à 38 ans, laissant derrière elle l’un des plus beaux palmarès du calcio femminile.

Une après-carrière au service de la formation

La retraite d’O’Brien en 1994 ne signifie toutefois pas la fin de son histoire d’amour avec le calcio. Ayant obtenu ses diplômes d’entraîneur à Coverciano en 1992, O’Brien débute une longue carrière sur la ligne de touche. Comble pour une laziale, elle inscrit son fils Andrea dans l’équipe de jeunes de l’AS Roma, et participe occasionnellement à ses entraînements.

O’Brien retournera à ses premières amours en prenant en charge l’équipe féminine de la Lazio en 2005-2006, ne réussissant toutefois pas à empêcher la relégation du club en Serie B. Elle conclura sa carrière de coach en 2007-2008 à ma Civitavecchia, avant de s’engager comme consultante au service de la FIGC, œuvrant encore et toujours pour la reconnaissance et le développement du football féminin.

Malgré son palmarès exceptionnel, dans une période difficile pour le football féminin, Anne O’Brien reste largement inconnue en Italie, et même chez elle en Irlande. Il est cependant nécessaire de lui rendre hommage pour la femme et la joueuse qu’elle fut : une pionnière, une excellente joueuse, et surtout une légende, l’une des toutes premières du calcio femminile. 

Yacine Ouali



Lire aussi