Andersen, viking sensible

Par Michaël Magi publié le 13 Nov 2018

Les vikings, ce sont (pour nous autres) ces types vêtus de tuniques de lin et de peaux de bêtes, coiffés de casques à cornes, qui débarquent sur vos côtes, pillent vos baraques, incendient vos villages et massacrent vos voisins sans scrupule. Il est possible, bien sûr, que les vikings aient été un poil plus raffinés, mais c’est ce que l’imaginaire collectif a retenu de leur civilisation et c’est, à tort ou à raison, à travers cette caricature que nous considérons, depuis lors, les scandinaves. Ainsi, quand le danois Joachim Andersen (21 ans à l’époque) débarqua à Gênes durant l’été 2017, en provenance du FC Twente, nous crûmes sottement que la Sampdoria s’en était allée dénicher une tour de contrôle incassable, l’un de ces vaillants combattants dépassant le mètre 90, capable de mettre la tête où d’autres mettent les crampons; le tout avec un sourire auquel il manquerait peut-être une ou deux incisives.

Un an pour apprendre

Si la trombine de poupon d’Andersen constitua le premier démenti, nous dûmes attendre près d’un an pour découvrir les autres. Car, dans un premier temps, le gamin ne découvrit la Serie A qu’à travers les séances tactiques de Giampaolo et l’inégal confort des bancs italiens. Barré par Silvestre et par GianMarco Ferrari, il en profita pour apprendre. Sans se plaindre, dans la mesure où le staff doriano ne lui avait rien caché de la phase d’adaptation qui serait la sienne. Ce qu’il confirma du reste en octobre dernier, auprès d’un média danois, durant la trêve internationale : « Je suis ici depuis environ un an et demi. En fin de saison dernière, j’ai joué 7 matchs. J’espérais faire mes débuts plus tôt mais ils m’ont dit que la première saison servirait d’apprentissage et que je jouerais davantage lors de la saison suivante. C’est ce qu’il se passe ».

C’est le moins que l’on puisse dire, en effet, dans la mesure où Andersen est devenu l’inamovible titulaire de la Doria en défense centrale et a joué l’intégralité de ses 13 matchs officiels. 13 rencontres pour étaler son talent, définir ses axes de progrès et nous faire comprendre qu’il n’était pas tout à fait le viking de base. Défenseur complet, intelligent dans son placement, fin techniquement mais peinant à imposer son gabarit, il montre par ailleurs de belles qualités de relanceur, une première accélération élégante et un jeu long qui, s’il reste à polir, laisse présager d’une immense marge de progression. Intéressante panoplie qui ne fut pas étrangère au bon début de saison de la Samp, du coté de la défense, et qui a vite attisé l’appétit des grands clubs.

L’appel des sirènes

Dans le football moderne, on demande bien plus à défenseur que ce qu’on lui demandait il y a une trentaine d’années. Les défenseurs complets étant une denrée rare – et aussi onéreuse que la soie du temps des vikings – il n’est pas étonnant que les prétendants se bousculent, ce qui perturbe à l’évidence le gamin aux joues roses. Conséquence immédiate : alors qu’elle avait encaissé 4 buts en 9 matchs, la Samp en a pris 11 lors des 3 dernières journées. Contre le Milan AC, on a vu Andersen se faire piéger par un « une-deux » Cutrone-Higuain que tout le stade avait vu venir depuis trois-quarts d’heure. Contre le Torino, il a subi les événements. Contre l’AS Roma, El Shaarawy s’est joué de lui, avec un mouvement qui n’avait rien d’un dribble de classe, et a planté un troisième but magnifique de toucher, qui a fait sombrer la Samp dans le ridicule. Trou d’air typique du défenseur inexpérimenté que le chant des sirènes étourdit. Si l’âge incite à l’indulgence, il est pourtant déjà temps pour Andersen de réveiller le viking qui sommeille en lui, dans la perspective d’un derby de la Lanterne qui s’annonce plus que tendu. Au risque de passer du profil de viking sensible à celui de viking fragile.

La semaine dernière, Andersen a prolongé. Désormais lié à la Samp jusqu’en 2022, il est courtisé par la Juve, qui aimerait profiter de la situation d’Audero pour faire baisser son prix (fixé à pas moins de 30 M€), par l’Inter et Manchester United. La piste qui mène à l’Inter est peut-être la plus chaude : on sait que les relations sont bonnes entre les deux clubs et l’on sait aussi que la Samp surveille plusieurs espoirs nerazzurri. On sait aussi que Carlo Osti et Antonio Romei, Directeur Sportif et avocat de la Samp, ont rencontré Spaletti et Piero Ausilio (Directeur Technique de l’Inter), à Milan, dans les travées du Stadio Breda, à l’occasion de la rencontre de Youth League opposant l’Inter et Barcelone. La prolongation d’Andersen n’hypothèque pas un prochain départ au mercato d’été, mais elle stabilise sa situation. Le défi, pour lui, sera de s’appuyer sur celle-ci pour retrouver de la sérénité. La saison est encore longue. A coeur vaillant, rien d’impossible.

Michaël Magi



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