Ancelotti, le point tactique : la défense à « trois et demi »

Par Nicolas Soldano publié le 28 Nov 2018

Il y a près de deux mois, le Napoli sort d’une douloureuse défaite à Turin face à la Juventus. Les azzurri n’ont cependant pas le temps de cogiter, puisqu’ils enchaînent 4 jours après avec un match au moins aussi compliqué dans l’approche : la réception du finaliste de la dernière édition de Champions League, Liverpool. lors de cette période, le récent passage en 4-4-2 à plat semble porter ses fruits, surtout au niveau de l’animation (voir article précédent de notre dossier tactique) mais le match face à la Juve a révélé les carences qu’il était possible d’avoir défensivement parlant avec ce type de schéma. Ancelotti va donc sortir de son chapeau une bonne vielle recette, la défense à « trois et demi ». Lors de l’annonce des compositions, à une heure du début de la rencontre, on retrouve pourtant bien le 4-4-2 habituel, sauf qu’un détail interpelle, pas de Hysaj titulaire pour le poste d’arrière droit, mais Maksimovic, défenseur central de formation. Lorsque le match commence, le Serbe prend effectivement place à droite, sauf que dans l’animation on le retrouve parfois aligné avec les deux centraux pour former une défense à trois. En conséquence, Liverpool, et notamment son trio offensif star déjoue complètement et le Napoli l’emporte 1-0 en ayant contrôlé l’ensemble de la partie (14 tirs à 4 dont aucun cadré, 59% de duel gagnés, 57% de possession). Même approche lors des deux matchs suivants contre le PSG, et encore une fois deux matchs globalement dominés malgré les deux matchs nuls. Comment le changement d’un seul titulaire d’un profil différent peut-il changer le visage tactique d’une équipe lors de matchs d’un si haut niveau ?

Un objectif : l’adaptabilité défensive

Le but premier de cette défense qui n’est pas vraiment à trois mais pas vraiment à quatre non plus est effectivement de permettre à la défense de s’adapter en fonction des scénarios de matchs. Lors de phases de possession basses, dans les premières relances, Maksimovic revient se placer comme un central avec Koulibaly et Albiol, ce qui permet notamment à Mario Rui de passer d’une position de défenseur latéral à celle d’un milieu gauche, donnant une solution de passe supplémentaire un cran plus haut. En jouant à trois centraux espacés de la sorte, cela augmente également les possibilités de passes latérales entre défenseurs afin de trouver une brèche pour transmettre à un milieu de terrain. Tout cela amène donc une plus grande capacité de contrôle du match, qui permet de contenir des attaques de trios offensifs explosifs de très haut niveau qui ne cherchent qu’à emballer la rencontre (comme face au Reds et face à Paris). Lors des phases défensives, le retour à une défense à quatre permet notamment d’avoir un défenseur central de métier au marquage de l’ailier gauche ou bien du second attaquant qui souhaiterait prendre le couloir, sachant qu’il ne se fera que peu prendre dans son dos vu sa faible proportion à monter en phase offensive.

Quel impact sur le reste de l’équipe ?

Cette disposition tactique, « Carletto » l’utilisait déjà parfois au Milan AC, en utilisant Maldini comme défenseur piston, qui avait en plus l’avantage d’être un spécialiste des deux postes. Allegri et même Conte ont également fait parfois appel à cette stratégie, en positionnant la Juve ou bien la Nazionale avec Barzagli en défenseur droit, généralement afin de contenir des équipes aux grands talents offensifs ou lors de match à gros enjeux. Effectivement, ce dispositif permet une certaine prudence et a un impact positif sur les joueurs d’ailes, plus libre offensivement.  Callejon par exemple, dispose d’une liberté offensive plus importante grâce à la présence de Maksimovic dans son dos. De plus, le milieu gauche positionné excentré au départ (Zielinski ou Fabian) va automatiquement se placer plus dans le cœur du jeu pour donner la possibilité à Mario Rui d’évoluer comme un milieu latéral lorsque la défense passe à trois. De nombreux mouvements qui déstabilisent souvent l’adversaire, notamment au niveau du marquage.

Cependant, même si ce système semble être devenu la règle en Champions League (utilisé lors des trois derniers matchs), il est peu probable qu’il soit utilisé ce soir contre l’Etoile Rouge. Contre une équipe qui se présentera surtout pour ne pas perdre, avec un bloc assez bas, la logique amènera certainement Ancelotti à conserver un arrière latéral de métier (Hysaj ou Malcuit) capable d’apporter le surnombre en attaque. Réponse ce soir.

Comparatif tactique avant et après le passage à trois centraux  

Nicolas Soldano

Rédacteur



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