Anastasi, le « Pelé blanc » de l’Italia s’en est allé

Par Grégory Canale publié le 23 Jan 2020

« Il est l’un de ces joueurs dont tu tombes amoureux rien qu’en écoutant les récits de ton père ». Comme Claudio Marchisio, nombreuses sont les personnalités du football à avoir rendu hommage à Pietro Anastasi, disparu le 17 janvier dernier à 71 ans. Les faits d’arme de l’ancien attaquant de la Juventus : une précocité étonnante et un but en finale de l’Euro 68 resté dans les annales.

Symbole de l’Italien du Sud venu trouver fortune dans le Nord

« Petruzzu ‘u Turcu », surnommé ainsi pour ses cheveux noirs et sa peau mate, découvre le ballon rond sur le terrain de l’église de son quartier en Sicile. Enfant de Catane, Pietro joue à 17 ans sa première saison dans le club local de la Massiminiana. En 1965/1966, le prodige marque à 18 reprises en 31 matches et connaît une montée historique en Serie C. Assez pour attirer l’oeil de l’équipe de Varese, qu’il rejoint l’année suivante.

À l’instar de beaucoup de jeunes de son âge, le Sicilien quitte alors sa terre natale pour réussir dans le nord de l’Italie. Il deviendra leur symbole. En Lombardie, le joueur se fait vite remarquer. Une promotion en Serie A et un but pour sa première dans l’élite contre la Fiorentina en septembre 1967. C’est surtout avec le triplé inscrit face à la Juventus le 4 février 1968, lors de la victoire historique des Varesini (5-0), que le Catanais explose aux yeux des observateurs. Parmi eux, le président des Bianconeri Gianni Agnelli.

À la Juventus pour 650 millions de lires et… des moteurs de réfrigérateur

L’été 1968 est celui de la consécration. Appelé par Ferruccio Valcareggi pour participer à l’Euro en Italie, Pietro collectionne à 20 ans sa première sélection lors du match nul contre la Yougoslavie, en finale du tournoi (1-1, a.p.). Pas de tirs au but à l’époque, les deux nations doivent jouer un match « bis », le 10 juin à Rome. La Nazionale ouvre le score grâce à Gigi Riva, puis vient la 31ème minute de jeu. Servi à l’entrée de la surface, Anastasi lève le ballon du pied droit et l’expédie d’une frappe en rotation dans le petit filet gauche du portier Pantelic. Un but encore classé parmi les 60 plus beaux de tous les temps selon l’UEFA. Les Azzurri montent ainsi sur le toit de l’Europe.

Le neo-champion continental affole alors le mercato estival. Pour l’enrôler, la Juventus débourse la somme record de 650 millions de lires. Fait amusant, le deal avec Varese prévoit également le don de plusieurs moteurs pour réfrigérateur de marque Fiat. Avec la Vecchia Signora, l’attaquant joue huit saisons entre 1968 et 1976, glane trois scudetti et inscrit 130 pions. Rebaptisé le « Pelé blanc » par les tifosi, de part ses buts spectaculaires, il sera capitaine et formera l’un des duos les plus mythiques du club avec Roberto Bettega. Pas suffisant cependant pour contrer la fougue de l’Ajax de Cruijff, en finale de la Coupe des clubs champions 1973 à Amsterdam (1-0).

Un échange historique avec l’Inter

L’histoire s’achève en 1976, après 303 rencontres avec la Juventus. Souhaitant renouveler l’effectif suite au titre perdu face au Torino, le président Giampiero Boniperti conclut un deal historique avec les ennemis de l’Inter : un échange entre Anastasi et Boninsegna. Direction donc Milan, où l’attaquant ne marque pas les esprits, mais ajoute à son palmarès une Coppa Italia en 1978. Le joueur finira sa carrière à Ascoli et à Lugano en Suisse, avant de raccrocher les crampons en 1982 à 34 ans.

Sa dernière bataille, « Petruzzu » l’accomplit loin des terrains. Diagnostiqué de la « Sla » (maladie de charcot) fin 2018, maladie qui touche beaucoup d’ex-footballeurs italiens, l’ancien international prend la décision de recourir à la sédation profonde le 16 janvier. Il décèdera le lendemain. Pour lui rendre hommage et éteindre la polémique sur l’absence de minutes de silence lors des dernières rencontres de Serie A (sauf en Serie C et pour Lecce-Inter et Juventus-Parma), la Nazionale jouera avec un brassard noir le 27 mars lors du match amical face à l’Angleterre à Wembley. La ville de Catane va même donner le nom de Pietro Anastasi à l’un de ses stades. Un juste retour aux sources pour cet enfant venu du Sud.

Grégory Canale

Rédacteur



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