Alfredo, l’autre Donnarumma

Par Michaël Magi publié le 15 Jan 2019

Oubliez Immobile et Icardi. Car à l’étage inférieur, un joueur de 28 ans nommé Alfredo Donnarumma affole les compteurs avec Brescia. Ce n’est que la Serie B ? Peut-être bien. Mais à y regarder de plus près, il serait bien possible que le plus anonyme des Donnarumma soit enfin mûr pour se frotter à l’élite. On décrypte…

Qui es-tu, Alfredo ?

Autant évacuer la question d’emblée : Alfredo, s’il est originaire lui aussi de Campanie, n’a aucun lien de parenté avec les frères Donnarumma (Gianluigi et Alfredo) qui officient dans les buts avec le Milan AC. Son poste même, d’attaquant de pointe, semble constituer un symbole de ce qui le sépare des deux précités. Né dans la ville portuaire de Torre Annunziata, située au bord de la Baie de Naples, formé à Catania, avec lequel il effleuré (de loin) la Serie A au tout début de sa carrière, Donnarumma a jusqu’ici écumé les clubs de Serie B et C : déployant ses talents à Teramo, Como ou encore à la Salernitana… sans jamais réussir à convaincre les clubs de l’échelon supérieur de lui donner une chance, en dépit de statistiques flatteuses. Le coup est certes passé tout près la saison dernière. Auteur de 21 buts et de 5 passes décisives avec Empoli, il a grandement contribué à la promotion du club toscan. Ses statistiques auraient dû lui permettre de découvrir la Serie A dans la foulée ; il n’en fut rien.

A l’intersaison, la direction préféra miser sur le jeune La Gumina, jeune espoir de Palermo. D’aucuns se seraient lentement laissés glisser vers une forme de dépression. Loin d’être abattu, Alfredo signa à Brescia pour 2 millions d’euros l’été dernier, prêt à repartir au combat. 18 journées de Serie B plus tard, l’autre Donnarumma a déjà inscrit 14 buts. Brescia, actuel deuxième du championnat, tire les marrons du feu et est à la lutte avec Palermo, Pescara et l’Hellas pour retrouver l’élite.

La marche est-elle trop haute ?

L’Histoire est pleine de bons joueurs de Serie B qui ne sont jamais parvenus à exporter leur talent au plus haut niveau. La question se pose légitimement pour un joueur de 28 ans, qui, s’il a inscrit plus de 100 buts en carrière, ne dispose pas de qualités physiques hors-norme. Pour autant, les dernières saisons de Donnarumma incitent à l’optimisme. Un point attire en particulier l’attention; l’étonnante diversité des buts inscrits par Aflredo cette saison : deux pénalty, deux de la tête (en dépit de son mètre 80), trois du gauche, deux inscrits de l’extérieur de la surface (dont un chef d’oeuvre contre la Salernitana) mais aussi deux buts marqués, suite à une récupération de balle à la faveur d’un pressing individuel.

A l’évidence, la palette de Donnarumma est large et démontre qu’il possède trois qualités rares : une technique sobre et sûre, un réel sens du placement et beaucoup d’abnégation. Qualités précieuses quand on se désespère de voir certains attaquants actuels de Serie A multiplier les positions de hors-jeu et rechigner à courir un tant soit peu pour se replacer. Autre indicateur parlant : Donnarumma n’a pas de relation préférentielle dans le jeu. 10 de ses 14 buts lui ont été offerts par 7 passeurs décisifs différents… Dernière statistique, qui parlera enfin plus que toutes les autres : sur les 12 derniers mois, l’attaquant a joué 36 matchs et marqué 26 buts, ce qui correspond à une moyenne impressionnante d’un but toutes les 107 minutes (mieux qu’Immobile qui marque toutes les 120 minutes environ.)

Le calcio n’est certes pas qu’une affaire de statistiques. Immobile joue en Serie A et se confronte chaque dimanche aux meilleurs défenseurs du pays. Ce n’est pas le cas de Donnarumma. Mais certains clubs de Serie A – en particulier ceux dont l’attaque est malade – auraient tort de ne pas étudier l’opportunité que l’ancien défenseur de Brescia, Amedeo Mangone, résumait ainsi peu avant la fin de l’année : « Donnarumma devrait parvenir à s’exprimer en Serie A. Marquer des buts est capital, quel que soit le niveau. Peut-être que dans un plus grand club, la pression sera plus grande, mais à 28 ans, je pense qu’il a acquis assez de maturité. Beaucoup de joueurs ont d’abord exprimé leurs qualités en B avant de les exprimer en A. Il peut le faire « . L’avenir dira si l’intuition de Mangone est bonne. Il serait en tout cas dommage de ne jamais en avoir le coeur net. Plus encore de voir Donnarumma quitter à terme un pays qui refuse à ce jour de lui donner sa chance, lui qui ne laisse pas indifférent du coté de la MLS américaine ou des clubs chinois.

Michaël Magi



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