Alfredo Dick, le créateur du football turinois

Par Valentin Feuillette publié le 21 Déc 2019

Un nouveau voyage dans la merveilleuse histoire du football italien, riche d’événements marquants, de figures légendaires et d’anecdotes à jamais gravées dans le grimoire du Calcio. Aujourd’hui, il faudra partir à la découverte du méconnu mais pourtant mythique Alfredo Dick – considéré comme le fondateur de la culture footballistique turinoise.

L’Entrepreneur suisse

Né le 12 avril 1865 à Yverdon-Les-Bains en Suisse, à quelques kilomètres de Lausanne, la famille du jeune Alfred Dick (nom de naissance avant d’être « italianisé » en Alfredo) déménage rapidement en Italie, à Turin alors qu’il n’est âgé que de 2 ou 3 ans d’après les sources historiques. Connu pour son tempérament assez dur, Alfredo Dick crée son entreprise de textile en produisant les premières chaussures pour la course et les sports de ballon – une vraie révolution pour l’époque. Malgré des idées modernes et progressistes ainsi qu’un leadership respecté par ses pairs, il acquiert au fil des années une mauvaise réputation dans le business à cause de ses sauts d’humeur réguliers et de son caractère détestable. Néanmoins, c’est bien ce caractère qui lui permettra de s’imposer comme un leader incontesté et naturel dans tous les projets qu’il a entrepris au court de sa vie.

Le Président de la Juventus

En 1905, Alfredo Dick devient le cinquième président de la Juventus en succédant à l’avocat italien Giacomo Parvopassu et par la même occasion le premier dirigeant non-italien des Bianconeri – seulement deux dans toute l’histoire de la Vecchia Signora avec le français Jean-Claude Blanc (2009-2010). Sous sa houlette, la Juventus prendra un virage considérable car l’entrepreneur suisse va investir énormément d’argent dans le club pour le révolutionner en augmentant la masse salariale. Ainsi, Dick commence à faire venir les premiers joueurs étrangers de l’histoire du club, majoritairement des anglais et des suisses qui travaillaient dans son usine. Il dépense des milliers de lyres pour déménager le club dans un plus grand stade nommé Stadio Motovelodromo Umberto I capable d’accueillir plus de 15 000 personnes. Dès sa première saison à la tête de l’équipe, la Juventus remporte son premier scudetto ainsi que la Coppa Luigi Bozino. L’équipe réserve glane aussi le titre de la seconde division italienne.

La saison suivante, la Juventus connaît des problèmes financiers alors le président Alfredo Dick entame sans aucune autorisation officielle une procédure de délocalisation du club turinois vers la Suisse – pays d’origine de Dick – pour l’appeler le Jugend Fußballverein. Stoppé à temps par la direction, Dick est poussé vers la sortie et quitte donc le club.

Le Fondateur du Torino

Mais comme énoncé précédemment, Alfredo Dick refuse de se laisser marcher sur les pieds et va donc préparer un plan pour prendre sa revanche. Le 3 décembre 1906, dans un petit bar à Turin (via Pietro Micca), l’entrepreneur suisse réunit 23 représentants du FC Torinese (ancien club de Turin) et des dissidents de la Juventus pour fonder l’actuel Torino sous le nom du Foot-Ball Club Torino. Le but était de se démarquer des Bianconeri qui avaient refusé d’acquérir un statut professionnel. Il nomme son ami et ancien joueur Hans Schoenbrod dirigeant du club. Les deux hommes décidèrent d’abandonner le maillot rayé jaune et noir du FC Torinese pour la couleur grenat. Deux hypothèses sur ce choix : le grenat est la couleur du Servette Genève, équipe préférée de Dick mais aussi le symbole du Piémont depuis qu’une famille savoyarde utilisa le sang d’un soldat pour écrire la Libération de Turin en 1706.

Dès le premier jour, le Torino et la Juventus entretiennent une rivalité profonde qui bascule déjà jusqu’à la haine viscérale souhaitée par Dick. Pour continuer sa vengeance, le fondateur du nouveau club de Turin recrute plusieurs titulaires et cadres qu’ils avaient fait venir à la Juventus un an plus tôt : Jack Diment, Fritz Bollinger, Oscar Frey, Oreste Mazzia et James Squair. Les quatre premiers Derby della Mole seront remportés par le Torino. Cette domination rapide des Granata sera maintenue jusqu’en mai 1949 où le drame du Superga anéantira le contrôle de la ville et du pays.

Valentin Feuillette



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