Alessio Romagnoli, de laziale à capitaine exemplaire du Milan AC

Par Boris Abbate publié le 26 Fév 2019

Parce qu’il n’a jamais caché son amour pour la Lazio, mais qu’il a fait toutes ses classes chez le rival de l’AS Roma, et qu’il est aujourd’hui LE capitaine du Milan AC, la demi finale de Coppa Italia entre Laziali et Rossoneri aura forcément un gout particulier pour Romagnoli. Une vie et un parcours footballistiquement à contresens, qui font au final tout le charme de l’élégant défenseur italien.

Rome comme point de départ

Pour comprendre la trajectoire paradoxale de la carrière de Romagnoli, il faut remonter le temps et se poser à Anzio, à seulement quelques kilomètres de Rome, là où le garçon voit le jour pour la première fois. On est alors en 1995, et dans les années à venir, la Lazio écrira quelques unes des plus belles pages de son histoire, avec de nombreux trophées de 1998 à 2004. Une période dorée, qui influencera surement la vie du jeune Romagnoli. Car au moment de se défaire de certains camarades et de trancher pour un des deux clubs de Rome, Alessio jettera son dévolu sur l’équipe bleu ciel. Résultat, le bonhomme passera la plupart de ses dimanches dans les gradins de l’Olimpico, et assistera, avec son papa, aux plus belles heures du club biancoceleste. Pourtant, à l’âge de 9 ans, Romagnoli va rapidement devoir mettre sa ferveur de coté, puisque c’est une légende de la… Roma, Bruno Conti, qui va repérer le joueur et le convaincre de faire ses classes chez les jeunes giallorossi.

Un étonnant destin, qui le poursuivra encore dans le futur, notamment avec la rencontre de Sandro Tovalieri, coach du joueur à l’époque, qui le replacera en défense central. « Petit, je jouais au milieu. J’aimais toucher le ballon, j’étais complètement fou de Zidane. Mais l’équipe manquait de défenseurs. Et comme j’étais plus grand que tout le monde, Tovalieri m’a fait glisser en défense… ». Un choix judicieux, car Romagnoli passera haut la main toutes les catégories des jeunes, et qu’il ira même pointer le bout de son nez jusqu’à Trigoria, où il fait office de futur cadre « pur sang » romain, au même tire que De Rossi ou Florenzi. Et, forcément, le baptême du feux arrivera rapidement, et alors qu’il n’a même pas 18 ans, il fait ses grands débuts en coupe fin 2012. S’ensuivent quelques bouts de matchs avec Zeman, puis une dizaine la saison suivante avec Rudi Garcia, avant un prêt salvateur chez la Sampdoria lors de la saison 2014-2015. La suite ? Une saison pleine avec la Samp de Mihajlović, et puis cette photo, tout sourire, avec un maillot de la…Lazio, qui va définitivement lancer sa carrière.

Plus précoce que Cannavaro et Nesta

Cette photo, elle est publiée par Romagnoli après une victoire dingue et décisive de la Lazio à Naples, en Mai 2015. Problème, même s’il est un joueur de la Sampdoria à l’époque, le défenseur reste avant tout un joueur prêté par la Roma, et dans la capitale, les choses vont vite dégénérées. Les menaces et insultes des romanisti polluent les murs de la ville, et le défenseur est finalement vendu par la Roma dans les semaines qui suivent. Et ce sont les Milanais qui flairent le bon coup. Du coté de San Siro, d’ailleurs, Alessio retrouve son mentor, Mihajlović, et choisi le numéro 13, comme Nesta, son idole. Mais les choses vont être plus compliquées que prévu, en partie à cause de l’instabilité chronique du Milan de ces dernières années. Mihajlović ne finira d’ailleurs pas la saison, et les entraineurs se succèderont sur le banc. Romagnoli, lui, ne sera pas transcendant, mais ni trop mauvais, et continuera son bonhomme de chemin, avec 33 matchs en 2015/2016, 27 la saison suivante, puis plus de 40 en 2017/2018. Si bien que le jour de son 23 ème anniversaire, le garçon compte plus de présences en Serie A que des montres sacrés du Calcio comme Nesta ou Cannavaro.

Quand on pousse la comparaison avec Nesta, d’autre part, Mihajlović adhère, et confirme que Romagnoli est « comme » son ancien coéquipier à la Lazio, « mais en beaucoup plus technique ». L’ascension du défenseur, en tout cas, continue d’évoluer. L’année dernière, avec Bonucci et Gattuso, l’ancien romain est devenu plus tranchant, plus sûr de lui, plus leader. A tel point que certains suiveurs du Calcio se demandaient même si la paire Bonucci-Romagnoli serait LA solution pour redorer le blason de la Nazionale. Mais ce n’est pas tout. Là où Alessio a progressé, c’est aussi dans sa personnalité. La polémique avec le maillot de la Lazio ? Une vieille histoire, le joueur a retenu la leçon. Il se montre désormais élégant également en dehors du terrain, refuse pratiquement tous les médias et est décrit comme quelqu’un de très silencieux dans le vestiaire. Une personne discrète et relativement simple, au final, qui colle parfaitement à l’ancienne étiquette milanaise, et qui a naturellement fait de lui le nouveau capitaine de l’équipe cette saison.

Le meilleur milanais cette saison

Un capitaine qui fait l’unanimité aujourd’hui chez les supporters, mais aussi au sein du vestiaire, à l’image de Laxalt, qui ne tarissait pas d’éloges sur son capitaine : « A 24 ans Romagnoli a déjà la personnalité d’un vétéran, il nous aide beaucoup. C’est une source d’inspiration pour nous, c’est ce qu’il fallait dans l’équipe ». Même discours pour Gattuso, qui voit en lui « un capitaine jeune mais cohérent, et qui sait se faire respecter ». Et comment les contredire ?! Car cette saison Romagnoli est tout simplement l’un des meilleurs joueurs du Milan, le plus constant, en tout cas. Intraitable en défense, à l’aise techniquement et dans la relance, irremplaçable, c’est aussi lui qui prend ses responsabilités pour offrir la victoire aux siens dans le temps additionnel, face à l’Udinese, puis contre le Genoa. Et puis il y a cette statistique incroyable, qui montre qu’il est l’unique défenseur en Europe avec Van Dijk a ne pas avoir été dribblé cette saison. Délirant.

La légende est en marche, quoi qu’il arrive. Et quand on pense au parcours du bonhomme, le parallèle avec Alessandro Nesta prend tout son sens. Même numéro de maillot, même élégance naturelle, tous deux défenseurs, tous deux à mi-chemin et le coeur partagé entre la Lazio et le Milan. Le principal intéressé allait lui même dans ce sens récemment : « Je fais le tifo pour Romagnoli. Je le connais, c’est un bon gars, un laziale et il joue à Milan. Il est fort et il ne lui manque que de l’expérience internationale pour progresser ». Pour l’expérience internationale, on attendra. Mais une Coppa Italia brandie dans ciel de Rome ne ferait qu’accentuer la ressemblance entre les deux joueurs !

Boris Abbate

Rédacteur



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