Alessandro Vitali : destin brisé !

Par Michaël Magi publié le 26 Août 2019

Il y a 42 ans, jour pour jour, disparaissait l’un des prodiges du football italien. Prodige avorté qui ne devint jamais grand, lutta en vain contre un physique qui ne cessa de l’abandonner autant que contre lui-même.

Né à l’ombre de l’astre Riva…

Si Alessandro Vitali nait le 6 mars 1945, à Cento, en Emilie-Romagne, à seulement un mois de l’offensive alliée d’avril qui fera basculer le sort du nord italien et précipitera la chute de la fantoche République Sociale Italienne, c’est bien l’année 1970 qui marque son acte de naissance footballistique. Le joueur n’est alors connu que des observateurs les plus avisés. Formé à Bologne, exfiltré sans se révéler vers Catanzaro et Catania, où il effectue deux saisons honorables, l’élégant attaquant aux cheveux épais évolue au Lanerossi Vicenza depuis un an. Dans l’aimable confort d’un club qui barbote sans pression dans le ventre mou de la Serie A, depuis 15 ans.

Idéal pour faire exploser son talent. Si cette saison 69-70 marque surtout l’avènement de Cagliari, qui remporte son scudetto historique, et célèbre l’ultra-domination de Gigi Riva au Royaume des attaquants à sang froid, elle permet aussi à tous les italiens de découvrir le déroutant talent de Vitali, seul buteur capable d’offrir au génial gaucher un semblant de compétition. Les défenses apprennent alors son nom. Celles du Napoli, de l’Hellas, d’une Roma à qui il fait vivre un enfer, contribuant par son doublé à la fessée reçue par les giallorossi (3-0). Celle du champion aussi, contre laquelle il marquera un but qui ne servira cependant à rien, dans la mesure où Riva avait déjà frappé deux fois ce dimanche là (dont un chef d’oeuvre de retourné). Classe, en zone mixte, Vitali reconnait en souriant la supériorité du maitre : « Riva est un phénomène. Il l’a encore démontré aujourd’hui. Comme je l’ai déjà dit aux journalistes, je serais content si je finissais la saison à 5 buts de lui. Parce qu’il en marquera plus de 20… » Vitali voit juste : il inscrira 17 buts, à 4 buts de Riva, qui en plantera 21…

…consumé à son contact

L’aimable club de Vicenza devient trop petit pour Vitali qui attire logiquement les convoitises des grands clubs, dont la Fiorentina, qui cherche à renouer avec le succès après avoir plané sur le pays en 1969. Pour réaliser l’opération, les florentins déboursent la somme record de 600 millions de Lires. Maraschi, qui sort d’un exercice décevant, fait le trajet inverse et retrouve Vicenza qu’il avait quittée 3 saisons plus tôt… Hélas, la saison vire au cauchemar. Le navire Viola prend l’eau et évite la Serie B à la différence de buts. Sandrino, meurtri par une pubalgie, traine son spleen sur le terrain. 6 buts en 26 matchs. C’est peu pour une direction viola qui ne protège pas son joyau et le laisse devenir sans ciller le bouc émissaire idéal d’une saison ratée.

Tellement peu qu’on le laisse rejoindre, l’été venu, l’astre Riva à Cagliari, qui lui aussi a vécu une saison perturbée par les blessures. Attaque à deux têtes qui fait saliver… Pourtant, en terre sarde, la greffe ne prend pas. Remis physiquement mais dévitalisé, Vitali inscrit 3 buts, écrasé par un Gigi solaire qui rayonne de nouveau (20 buts). Sa chance est passée : Sandrino retourne à Vicenza avec qui il jouera encore 4 années. Marquant peu, irritable, dépité. Ce qui ne l’empêche pas d’être altruiste, comme lorsqu’il fait des pieds et des mains, en 74, pour trouver un point de chute à son ami Gian Paolo Galuppi, natif de Cento comme lui, au sein de l’effectif biancarosso. Après avoir connu la relégation avec Vicenza en 75, qui n’avait plus vu la Serie B depuis 20 ans, et une dernière saison bien triste à l’étage inférieur, Vitali revient finalement vers les siens. A Cento, au sein du club local qui marigote en Serie D. Un retour aux sources qui sera son dernier acte. A la fin de l’été 77, Vitali percute un platane au volant de son Alfa Romeo et meurt sur le coup, en compagnie d’un coéquipier et ami, Gorgio Lazzari. Il avait 32 ans.

 

 

Michaël Magi



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