Alessandro Calori, tueur de la Juventus malgré lui

Par Michaël Magi publié le 21 Mai 2020

Le 15 mai dernier, la Lazio fêtait les 20 ans du deuxième scudetto de son histoire. Outre le véritable déluge qui s’abattit ce jour là sur Perugia, la pression de milliers de supporters laziali laissant craindre le pire en cas d’arrangement administratif, ce titre, historique à plus d’un titre, est aussi l’œuvre d’un bianconero de coeur : Alessandro Calori, tueur de juventini à l’insu de son plein gré…

L’arbre cachant la forêt

Personne ne pourra rien y faire. Pas même lui : le nom d’Alessandro Calori est inscrit sur les tablettes pour la postérité. Certains le sont parce qu’ils soulèvent de grands trophées. Calori, né à Arezzo en 1966, y est parvenu en faisant la gloire d’autrui. En inscrivant un but qui mit à terre l’ogre juventino, en offrant le scudetto à une Lazio que supportait a contrario l’un de ses coéquipiers, Marco Materazzi. Calori, aujourd’hui, s’en excuse presque : « Je n’ai jamais caché que j’étais un supporter de la Juve… Enfant, mon idole était Scirea. J’étais désolé mais je suis un professionnel et j’ai fait fait ce que j’avais à faire… »

L’histoire de ce scudetto continuera d’être racontée. La pluie diluvienne détrempant la pelouse de Perugia, la léthargie d’une Juve en panne d’idées, Monsieur Collina lançant le ballon sur une mare d’eau, avant d’acter la reprise de la rencontre après plus d’une heure d’arrêt, sur la pression d’officiels craignant les débordements de laziali, déjà bien échauffés par les scandales arbitrales de la journée précédente. Les menaces du Président Gaucci, menaçant ses joueurs de leur aménager une tournée de deux mois en Chine s’ils ne mouillaient pas le maillot… Le but de Calori, magnifique de sang froid, continuera de parcourir la mémoire du foot italien. Masquant injustement une carrière loin de se limiter à ce seul fait de gloire.

Grande Udinese

Calori, avant d’abattre la Juve, fut surtout l’un des piliers de la grande Udinese des années 90. Et non des moindres. Formé à Arezzo, le défenseur se révèle avec Pisa, après 4 saisons en Serie C avec Montevarchi. Trouvaille du Président-Recruteur Anconetani, il est de ceux qui permettront aux Nerazzurri de se hisser en Serie A. Si l’aventure est de courte durée pour le club toscan, elle a le mérite d’attirer l’attention d’une Udinese qui cherche à retrouver la Serie A. Ce sera chose faite dès la première saison même s’il faudra attendre quelques années – et une autre descente au Purgatoire – pour que les frioulans se dotent d’une équipe de choc.

L’influence de Calori, pendant 9 saisons,  sera manifeste. Non seulement parce qu’il n’y a pas de grande équipe sans grande défense mais aussi parce qu’il était l’un des gardiens d’un vestiaire qui cumulait les fortes personnalités. Lorsque Bierhoff débarque de Serie C en 95, il est le premier à aller lui dire que quelque chose de grand est en construction. En 96, il remet encore les idées en place d’un Amoroso souffrant du mal du pays : « Nous jouions la Fiorentina, raconte-t-il. Marcio, juste avant le match, demande à me parler. Là, il me dit qu’il veut partir pour retourner au Brésil. Je ne l’ai même pas laissé finir. Je l’ai littéralement collé au mur et je lui ai dit : « si tu ne nous gagnes pas le match aujourd’hui, c’est moi qui te ramène au Brésil ». Il est devenu blanc comme un linge. Il a fini le match avec deux buts. »

Perugia, Perugia

L’Udinese, en 98, pour la première fois, se hisse sur le podium de Serie A. Et découvre l’Europe alors qu’elle ne connaissait que la défunte Mitropa. Pourtant, Calori reste associé à ce funeste but du 15 mai 2000. Un « exploit » que les tifosi biancorossi célèbrent chaque année. Alors qu’il fit le palmarès d’un autre… Le défenseur, fort de plus de 300 matchs en Serie A et de 13 buts (incluant celui qui ne fit plus pleuvoir que sur les bianconeri), aimerait presque l’effacer. Mais dans un pays qui a le culte des sauveurs contrariés, il ne serait guère étonnant que ces chants résonnent encore longtemps.

Michaël Magi



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