À la Juventus, un avant et un après Coronavirus ?

Par Arno Tarrini publié le 02 Avr 2020

Privée de toute rentrée d’argent pendant une période indéterminée, la Juventus va subir de plein fouet les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Au point de poser de nombreuses questions sur la gestion future du club.

De lourdes conséquences économiques

Comme expliqué dans l’article précédent, les pertes économiques liées à l’arrêt des compétitions sportives dans lesquelles la Juventus est engagée pourraient s’élever à 110 millions d’euros minimum. C’est en partie pour cette raison que les joueurs et le club ont mutuellement consenti à une baisse drastique des salaires pendant quatre mois, ce qui correspond à une baisse de 30% du salaire annuel pour 2019/20. Cette mesure devrait permettre à la Vielle Dame d’économiser 90 millions d’euros sur l’exercice en cours.

Si l’on reporte cette somme aux salaires actuels, Cristiano Ronaldo renoncerait (provisoirement) à près de 10 millions d’euros net, tandis que Maurizio Sarri en perdrait 2. Les autres joueurs disposant de salaires importants comme Higuain, Douglas Costa, Bonucci, De Ligt ou Dybala renonceraient eux à 2,5 millions d’euros. Si les joueurs ont accepté de telles pertes (2,5 mois de salaire leur seront remboursés), c’est parce qu’ils savent que la Juve est dans le rouge financièrement. Et cela risque de s’aggraver.

Une situation financière compliquée

Alors oui, la baisse des salaires permettra à la Juve de combler ses pertes. Mais la situation antérieure était déjà préoccupante. Le club avait en effet déclaré une dette cumulée d’environ 574 millions d’euros au 30 septembre 2019, et continue de s’endetter. La faute à un déséquilibre entre les revenus et les salaires. Le semestre dernier, le club bianconero a enregistré 50 millions d’euros de dette. Les revenus ont stagné, alors que les coûts (salaires, frais d’enregistrement, amortissement) ont augmenté, mettant les turinois hors des clous du fair-play financier.

Dans cette situation il apparait quasiment certain que la Juventus va devoir vendre, ou trouver le moyen de réduire sa masse salariale. Mais il y a un hic. Selon l’étude du CIES, les valeurs de transferts des joueurs européens vont elles-aussi être touchées par la crise sanitaire (et bientôt économique) liée au coronavirus. À la Juventus, la valeur agrégée des 20 joueurs les mieux « côtés » diminuerait de 28,4 %, soit environ 222 millions d’euros. Il y aura probablement un avant, et un après coronavirus pour les Bianconeri.

Une gestion en question

Tout cela nous ramène à un constat : malgré une hégémonie quasi-insolente sur le championnat italien, la Juventus n’a toujours pas atteint son objectif : remporter une troisième Champions League. Aujourd’hui, elle semble même payer les choix passés. Malgré de bonnes performances, et une certaine domination en Serie A, Cristiano Ronaldo n’a pas permis à la Vielle Dame de franchir ce fameux plafond de verre – et, combinée avec des décisions discutables, a fait augmenter la dette. En revanche, il a eu un effet commercial important, en offrant une croissance de 30 % des revenus commerciaux. Mais les contrats signés avec Adidas, Allianz, et la hausse des droits télévisés n’ont pas permis à la Juventus de rééquilibrer ses comptes, et de retrouver les sommets. Sur le terrain, l’équipe turinoise s’est parfois montrée friable, indisciplinée, ces trois dernières années. L’effectif de cette saison est probablement le plus faible depuis le début de la décennie…

Alors, comment faire ? Faut-il brader des joueurs pour rétablir un certain équilibre et tenter de dénicher des bons coups ? Ou bien emprunter, et s’endetter encore pour tenter d’atteindre le graal ? Peut-être est-il temps de changer de cap, même s’il est dur d’anticiper la future stratégie sportive du club turinois, alors que l’économie mondiale, et la planète football sont à l’arrêt. Cependant, ces dernières heures ont du réconforter le clan Agnelli. L’UEFA, qui a annoncé le report de toutes les rencontres européennes ce mercredi, a également indiqué que le fair-play financier serait suspendu pour la saison prochaine, et que le mercato pourra durer jusqu’à la période d’inscriptions pour les compétitions européennes. Voilà qui laisse du temps à la Juventus de décider de changer de politique sportive, ou de tenter de faire des bonnes affaires.

Arno Tarrini

Étudiant en journalisme, passionné de sport, d'économie et de politique. Amoureux du ballon rond.



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