A Cagliari, Alberto Cerri se sort de l’enfer

Par Sébastien Madau publié le 04 Déc 2019

Lundi soir, sur les coups de 22h45. La Sardegna Arena en ébullition fait jaillir de ses entrailles des « Cerri, Cerri, Cerri » des grands soirs qui s’envolent dans le ciel du quartier de Sant’Elia. Au centre du terrain: un colosse, jusqu’alors aux pieds d’argile, torse nu et venant de prendre un carton jaune pour avoir fêté de la sorte un but de la tête. Son but. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Même le speaker du stade, en annonçant le but déclame : « Vous l’avez attendu longtemps. Voici le but d’Alberto Ceeeeriiii ! ». Et le tube de Gala « Free from desire » -envoyé à chaque but- pouvait repartir de plus belle, au détriment des tympans des tifosi.
En un coup de boule dévastateur, Alberto Cerri vient premièrement d’offrir une victoire inespérée à Cagliari (4-3) face à la Sampdoria de Claudio Ranieri après avoir été mené (1-3) et lui permettre ainsi de conforter sa 4e place au classement. Mais il vient aussi, à titre individuel, de se sortir de l’enfer dans lequel il était plongé depuis son arrivée  à Cagliari à l’été 2018 et qui voyait son compteur but en championnat bloqué à zéro. Avec ce but, Alberto Cerri a-t-il véritablement lancé sa carrière sous les couleurs rossoblù ? Seul l’avenir le dira.

L’homme qui valait 9 millions… et 0 but

Alberto Cerri c’est l’histoire d’un jeune avant-centre (23 ans) formé à Parme, à la carrure imposante (1m90 et 85kg), aux va-et-vient nombreux (Parma, Lanciano, Juventus, Spal, Pescara, Cagliari, Perugia, Cagliari) mais qui traîne un boulet au pied depuis son retour en Sardaigne (il avait déjà joué 24 matchs avec Cagliari en Serie B lors de la saison 2015-2016 en marquant 3 buts) : le prix de son recrutement.

En mettant sur la table de la Juventus plus de 9 millions d’euros pour s’attacher ses services, Cagliari a propulsé Alberto Cerri au rang d’espoir du football italien. Un peu trop vite peut-être. Beaucoup trop même pour ce jeune attaquant qui avait surtout besoin de confiance et sérénité dans un climat sarde jamais simple à négocier, notamment lorsque les résultats tardent à venir et les filets à trembler. Tour à tour, les Marco Sau, Diego Farias et même João Pedro en son temps, l’avaient appris à leur dépens. Si João Pedro a réussi à sauver sa place, Sau et Farias ont, quant à eux, dû faire leurs valises, respectivement à la Sampdoria (puis Benevento) et Lecce. Ajouté à cela, les bombers successifs sur le front de l’attaque sarde depuis trois saisons (Pavoletti, João Pedro et Simeone) et voilà l’espace qui se voyait de plus en plus réduit pour Alberto Cerri dans un Cagliari côtoyant aujourd’hui les sommets du classement. Une situation inconfortable qui a conduit à ce que son nom figure en permanence sur les tablettes des transferts lors des divers mercati d’été et d’hiver. Il est en revanche quelqu’un qui a toujours défendu son joueur, l’a protégé même : Rolando Maran.

La confiance aveugle de Rolando Maran

Depuis plusieurs mois, l’entraîneur sarde réussit en effet à convaincre ses dirigeants de continuer à croire en Alberto Cerri. Préférant se rappeler du buteur de Perugia en Serie B (15 buts en 33 matchs lors de la saison 2017-2018) plutôt que de celui qui vante seulement 1 but en 18 mois avec Cagliari (en Coppa Italia face au Chievo). En face, les clubs de Serie A ne se sont pas non plus bousculés au portillon pour recruter un joueur dont Cagliari entend récupérer sa mise financière de départ. L’estime certaine de Rolando Maran ne s’est toutefois pas traduite de sa part en titularisation obsessionnelle du joueur. En effet, il l’a jusque-là cantonné sur le banc des remplaçants depuis le début de la saison (seulement 157 minutes jouées cette saison en 6 présences et 724 minutes en 15 présences et aucun but la saison dernière). D’ailleurs, lundi soir face à la Sampdoria, c’est seulement à la 92e minute que Mister Maran a décidé de lancer son joueur dans la bataille, en guise de carte de la dernière chance pour renverser la vapeur. Et du coup éclaircir l’horizon de son poulain. Pari réussi.

Sébastien Madau



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