Prandelli, la fièvre espagnole

Le 1er octobre dernier Cesare Prandelli reprenait les rênes d'un Valence en transition mais relégable en championnat. Déterminé, passionné et revanchard, le technicien italien aura finalement jeté l'éponge dans les toutes dernières heures de l'année 2016. Retour sur une expérience intense mais bien trop courte, et qui aurait surement mérité un tout autre épilogue.

Par Boris Abbate publié le 05 Jan 2017

cesare prandelli

L’idée était belle, alléchante, et pleine d’audace. Après un mondial brésilien totalement manqué et un cuisant échec à Galatasaray, Cesare Prandelli retrouvait les devants de la scène footbalistique en s’immisçant dans le joli imbroglio valencien. Un défi risqué et semé d’embuches tant le club qui borde le Turia fait de l’instabilité et des décisions rocambolesques ses principaux faits marquants depuis la présidence du milliardaire singaporien. Mais après tout, quoi de plus normal pour un homme habitué a surmonter les drames de la vie et reconnu pour ses importantes prises de positions qu’un épique challenge en terre inconnue ? Refaire de Mestalla une antre qui fait peur et redonner le sourire aux supporters, telle était la lourde mission de l’élégant Prandelli en Espagne. Une mission qui s’est finalement avérée bien trop compliquée pour l’ancien coach de la Nazionale.

Un divorce inévitable ?

Le 30 décembre dernier, le natif d’Orzinuovi présentait donc sa démission après seulement 91 jours passés dans la cité méditerranéenne, et autant dire que la pilule n’est pas bien passée pour les dirigeants du club. Le directeur général Anil Murthy s’était même emporté contre l’ancien joueur de la Juventus en conférence de presse : « Il a gagné 6 points en 3 mois, il n’avait pas de solution à offrir et il a abandonné. Il voulait partir et cherchait des excuses ». Prandelli n’avait en effet pas réussi à convaincre sur le plan sportif malgré un bon début. Après une victoire à Gijon, les Blanquinegros s’étaient inclinés face au Barca en dépit d’un gros match et d’un arbitrage peu clément. Ensuite la machine s’était enrayée et l’équipe avait enchainé 4 défaites et 3 matchs nuls. Avant de claquer la porte, Prandelli était pourtant resté concentré et très motivé malgré les grosses difficultés.

Le 11 décembre, il décide même de rencontrer le propriétaire du club, Peter Lim, à Singapour, afin de cerner les intentions des dirigeants et organiser le mercato hivernal. La réunion se passe bien, et les requêtes de l’entraineur semblent avoir été entendues. Prandelli veut 4-5 joueurs de caractère en renforts, et il prend lui même les devants pour tenter de faire venir Simone Zaza. L’entraineur pense alors avoir à disposition l’attaquant italien et d’autres recrues dès la fin des vacances de Noel, mais aucun d’entre eux n’est arrivé. Pire encore, Prandelli reçoit un coup de téléphone lui expliquant qu’il doit finalement choisir entre un attaquant et un milieu de terrain, la direction oubliant les promesses qu’elle lui avaient faites. C’en est trop pour Prandelli, qui décide donc d’abandonner.

Un club à la dérive

L’ancien coach de la Fiorentina et son staff semblaient bien seuls à Valence. Les rapports avec la direction étaient compliqués, et Stefano Antonelli, bras droit de Prandelli, tentait tant bien que mal de faire le lien avec les dirigeants, mais en vain. Peter Lim est à Singapour, et c’est une femme, LayHoon Chan qui est à Valence et qui n’y connait pas grand chose en matière de football. Seul Suso Garcia Pitarch est du métier, mais ce dernier n’a pas l’air très intéressé par la dynamique du club. Alors, forcément, la tension est palpable, et les joueurs le ressentent très bien. D’ailleurs, une scène surréaliste s’était déroulée peu avant l’important match contre la Real Sociedad. Prandelli et son staff attendent tranquillement le début de l’entrainement, mais au bout d’une vingtaine de minutes d’attente, aucun joueur n’est sur le terrain. Prandelli part carrément à leur recherche, devant les caméras des journalistes, médusés.

(Prandelli à la recherche de ses joueurs)

Furieux suite à cet événement, l’entraineur rendra une conférence de presse « mythique » et qui aura beaucoup fait parler en Espagne. « Ce n’est pas un problème de 4-4-2 ou de 4-3-3 c’est un problème de professionnalisme (…) Je suis en colère, dégoûté. Je donne tout depuis deux mois pour qu’on s’en sorte. Lors du prochain match, je veux voir des joueurs au taquet, qui souffrent pour ce maillot ! Le mercato arrive mais d’abord, je voulais voir qui était motivé. Celui qui ne l’est pas, il dégage ! IL DEGAGE ! » . 

(Le pétage de plomb de Prandelli devant les journalistes)

« Amunt Valencia ! » *

Perdu dans cet enfer, le romantique Prandelli aura toutefois gagné quelque chose, le coeur des supporters. Désireux de rapprocher l’équipe des aficionados, un peu comme lorsqu’il entrainait la Nazionale et qu’il déclarait vouloir « rapprocher la Squadra des Italiens », il prend quelques mesures pour y remédier, mais sans succès. « Je voulais ouvrir les entrainements aux supporters, mais les dirigeants m’ont dit que ce n’était pas possible, que les joueurs ne se sentaient pas en sécurité ». Symbole d’un homme respecté et respectable, lors du retour au centre sportif après la défaite à Anoeta, des centaines de supporters attendent le retour des joueurs pour manifester leur mécontentement. La scène est chaotique et le bus de l’équipe est attaqué. Les joueurs quittent le centre sportif sous escorte et sous les sifflets. Prandelli, lui, sort sans aucune force de police à ses cotés, accompagné par les applaudissements et les chants de la foule, qui scande haut et fort son nom.

(L’attaque du bus)

Si au final c’est un énième échec dans sa carrière, Prandelli aura tout de même rappelé involontairement l’homme de valeur qu’il représentait. Avant de partir, il prendra même le temps de remercier ses collaborateurs, les employés du club, l’ensemble des journalistes ainsi que les supporters, en incitant ces derniers à retourner au stade pour encourager l’équipe. Et puis comme il aime le rappeler, il aurait très bien pu attendre de se faire licencier et ainsi toucher un joli pactole, comme d’autres l’ont fait avant lui. Mais Prandelli c’est un peu plus que ça. La classe à l’italienne.

*(Allez Valence)

Boris Abbate

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