La Lega Serie A, entre immobilisme et bouleversements

Est-il possible d’espérer une nouvelle ère pour l’élite du championnat italien dans un contexte politique aujourd’hui indécis, tendu et avec un business modèle à des années de celui de l’Angleterre ?

Par François Lerose publié le 12 Fév 2018

Le mercato hivernal a joué des coudes encore cette année, mais la Serie A n’a pas fait de folies, comme souligné par Valentin Pauluzzi, correspondant pour l’Equipe en Italie dans le dernier épisode de Pausa Caffè. Bilan positif de 48 millions d’euros et moins de dépenses, puisque depuis 2010 (51 millions dépensés), le mercato hivernal 2018 est celui où les clubs italiens ont le moins dépensés. Un changement de mentalité ? Un Fair Play Financier toujours plus exigeant ? Des sociétés plus prudentes et plus intelligentes dans leur gestion ? Un peu tout ça à la fois. Cependant, une chose est certaine, la Serie A est en train de changer malgré les échecs politiques récents.

Tavecchio, un lointain souvenir… Pour Malago il faudra du temps

La crainte était sur tous les visages en janvier dernier. Tavecchio, récemment débarqué de la présidence de la FIGC pouvait briguer le poste de président de la Lega Serie A, poste pour lequel il assurait déjà l’intérim ! Une telle situation aurait conduit à une vindicte populaire tant le vent de changement est demandé au sein des sphères du foot professionnel italien. Si aucun des candidats (Gravina, Sibilia, Tommasi) n’a été élu, la décision du CONI était de placer Malago, son actuel président pour gérer l’instance du championnat d’élite italien. Une décision plus que raisonnée puisque d’éventuelles élections auraient pu aboutir à un nouveau échec politique. Le temps est désormais à l’appaisement avec une première assemblée prévue le 14 février à laquelle 8 clubs ne souhaitent pas participer. L’Inter, Benevento, Bologna, Fiorentina, Juventus, AS Roma et Sampdoria ont donc pris la décision de laisser du temps à Malago de prendre ses fonctions, lui qui doit également être présent pour les Jeux Olympiques d’Hiver en Corée. Une absence en interne qui pèse et les rumeurs « anti-Malago » ont poussé. Mais quoi qu’il en soit, l’Italie semble décidée à faire preuve de sagesse. Il faudra attendre le 27, date de la nouvelle assemblée, pour en savoir plus sur le futur de la gouvernance de la Serie A et les orientations réelles à donner.

Définir les priorités : les droits TV

En attendant de pouvoir réunir les émissaires des clubs de Serie A et avancer sur les sujets d’importance pour le futur du Calcio, il faut traiter les sujets importants. Parmi eux, les droits TV. Avec une cession à renouveler à partir de 2018 (pour la saison prochaine) pour les droits de diffusion de la Serie A, l’immobilisme a été de mise pendant un temps, ou plutôt les difficultés ont été de mises. Le championnat italien peine t-il à se vendre ? Pour rappeler la situation actuelle, les clubs italiens touchent au total 924 millions d’euros avec l’actuel contrat. La Juventus (11%), le Milan AC (8%) et l’Inter (8%) sont les principaux bénéficiaires. Sur les prochaines estimations, et c’est là que ça coince, avec un nouveau contrat pour lequel l’Italie espère 1,2 milliard d’euros, les gros clubs voient leurs revenus globaux augmenter ! Tout va bien alors ? Pas vraiment. Contrairement au contrat actuel où les « big » se répartissaient 50% du contrat total, le nouveau contrat leur attribuerait 40% environ des revenus. Une situation compliquée à admettre, notamment pour le Milan AC qui stagne, ou encore la Juventus qui pourrait être la principale perdante d’une redistribution de la sorte. La vieille dame perdrait environ 16 millions d’euros par rapport à la formule actuelle et s’éloignerait des Cadors européens. Concilier les intérêts de chaque club doit être la priorité en Italie pour enfin établir des exigences atteignables. Aujourd’hui, la Serie A n’a toujours pas signé son contrat au montant espéré et une baisse a été réalisée sur le prix (de 1,2 milliard, on est passé aux environs d’1 milliard) et la présence de la société espagnole Mediapro fait peur chez les Sky et autre Mediaset qui n’ont jamais réhaussé suffisement leur offre pour atteindre la somme souhaitée par la Lega. Avec une possible offre de 1,05 milliard d’euros, la firme pourrait bouleverser la façon dont on regarde les matchs. D’autres horaires, d’autres façons de vendre le championnat, une nouvelle chaîne ou une autre répartition des diffusions, une petite révolution en Italie. Reste à savoir si comment Mediapro installera ses programmes, sur des chaînes existantes type BeinSport, ou sur une nouvelle chaîne totalement dédiée au championnat italien comme il a été évoqué ? La situation reste ouverte, d’autant que Sky et Mediaset veulent porter l’affaire devant les tribunaux pour obtenir la négociation des droits de diffusion, jugeant selon leurs avocats que Mediapro viole les lois. L’affaire est à suivre, et d’autres informations tomberont prochainement. Plus que jamais, la Serie A semble sur le point de muter. Et pourtant, tout parait encore tellement figé.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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