La Juventus n’est plus caméléon mais mute encore

La Juventus confirme être plus que jamais un véritable rouleau compresseur en Serie A. Malgré cela, la mutation opérée après la Juve version Conte n'a pas encore véritablement passé le stade du greffon. Alors que certains tifosi se plaignent qu'Allegri se contente de surfer sur le travail effectué par son prédécesseur, essayons d'y voir plus clair.

Par Matthias Bertoncelli publié le 09 Mar 2016

JuventusÀ l’aube du renouveau, l’archétype de l’équipe caméléon c’était bien la Juventus d’Antonio Conte. L’homogénéité de l’effectif version 2011/2012 constituait un vrai plus. En effet, l’un des atouts majeurs résidait en la pluralité des rôles, notamment au milieu. Milos Krasic et Simone Pepe jouaient à merveille l’offensif quand le couteau suisse Giaccherini se résignait sans broncher aux tâches défensives. N’oublions pas aux avants postes les deux buteurs prolifiques, et trequartisti dans l’âme, Vucinic et Del Piero qui jouaient pour l’effectif et créaient les brèches par leurs permutations. Un savant mélange catalysé par l’aura maîtresse, parfois dictatoriale, d’un entraîneur bouillonnant d’idées.

Un vide au milieu qui se ressent

Les saisons suivantes furent dans la même lignée. Vidal en pitbull au milieu se chargeait d’annihiler les attaques adverses et protégeait Pirlo qui jouait alors dans un fauteuil. Pogba, lui, était également beaucoup plus libre dans son jeu. Tout était fait pour cibler un axe fort dans le schéma tactique. Aujourd’hui cette part de magie semble avoir disparu, du moins, aucun joueur ne semble avoir de rôle préférentiel. Il n’y a qu’à voir Pogba qui a tenté de tout faire en début d’année sans réussite ou encore Marchisio qui participe beaucoup plus aux tâches défensives par rapport à ce que faisait le maestro avant lui.

Parti sur les chapeaux de roue de ce renouveau tactique souhaité et opéré en début de saison avec le chamboulement et le rajeunissement d’un effectif arrivé en finale de la Champions League, Allegri n’a depuis pas réussi à véritablement finaliser son choix personnel. On le sait, le coach toscan admire le système en 4-3-1-2. Il l’avait dans son Milan et il le veut aussi dans sa Juve. Le problème c’est qu’aucun trequartista de métier n’est arrivé cet été. Une timide tentation en 4-3-2-1 en début de saison avec un trio Dybala-Morata-Mandzukic a même vite été mise au placard.

Coucou c’est le 3-5-2

Aujourd’hui, le 3-5-2 rayonne encore sur les pelouses de Serie A. Faute de mieux, c’était le meilleur moyen de retrouver les certitudes perdues en s’appuyant sur la seule ligne inchangée : la défense. Ainsi, on retrouve quelque part la partition qui avait fait les beaux jours de la Juve de Conte. Mandzukic (comme Llorente) et Dybala (comme Tevez) sont arrivés. Pogba et Khedira en piliers du centre (pour un Vidal) avec Marchisio à la baguette. Une recette déjà utilisée mais qui, piochant çi et là dans les 3 ans de cuisine du mode Conte, est tout de même devenue potion Allegri à part entière. En effet, il faut aussi regarder outre un « simple » schéma tactique. Fédérer, insuffler sa sérénité, sa force tranquille, tout en mettant de nouveaux leaders en lumière (Bonucci), faire mûrir de nouveaux talents (Morata et Dybala), prendre de vrais risques (Sturaro contre le Real ou Hernanes face au Bayern), et surtout, franchir ce pallier en Europe. Voilà ce qu’est le grand travail effectué par Allegri dans le façonnement de sa propre Juve. Une Juve qui n’est peut-être plus vraiment caméléon mais qui continue sa mutation.

Matthias Bertoncelli

Rédacteur Juventus



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