Calciostory : Fabio Capello, itinéraire d’un géant

Calciostory vous emmène aujourd'hui dans les coulisses d'une carrière hors du commun, celle de Fabio Capello, qui s'est achevée il y a quelques jours. Au terme d'une expérience assez terne en Chine, l'ancien coach du Milan AC et de l'AS Roma, entre autres évidemment, tire donc sa révérence. Cette issue laisse donc place à un bilan particulièrement puissant, tant l'Italien a connu d'expériences en nombre, d'une part, et en qualité, d'autre part. Retour ému sur un parcours sans commune mesure.

Par Romain Simmarano publié le 14 Avr 2018

Le Canale Isonzato coule toujours doucement du côté de San Canzian d’Isonzo. Dans cette commune de 6.000 habitants, nichée si près de la frontière slovène, les raisons de se sentir célèbres ne sont pas légions. Toutefois, l’une d’elles retient l’attention. Fabio Capello, mythique entraîneur italien désormais en retraite, est un enfant du pays. Un pur produit frioulan, né à mi-chemin entre Udine et Trieste, la capitale de la Région. Le jeune Fabio est le neveu de Mario Tortul, milieu de terrain de la Sampdoria et de la Triestina, et international italien au milieu des années 1950. C’est dire s’il est immédiatement plongé dans le monde du football grâce à cette attache familiale fondatrice. De sa carrière de joueur, il ne convient pas ici de dire grand-chose. A la SPAL, comme à la Roma, la Juventus ou au Milan AC, Capello enchaîne les saisons de régularité et empoche de nombreux titres. C’est même lui qui marque l’historique but de la première victoire de la Nazionale à Wembley, en 1973. Déjà reconnu comme joueur, Capello va pourtant trouver sa plénitude en tant qu’entraîneur.

A Milan, incubation puis virtuosité

C’est à Milanello que Capello termine sa carrière de joueur et entame deux ans plus tard sa nouvelle vie. D’abord à la tête de la Primavera des rossoneri, qu’il entraîne pendant quatre ans entre 1982 et 1986. En 1987, il effectue une pige de 6 matches suite à l’éviction de Liedholm, aux commandes de l’équipe première. Il parvient à hisser le Milan AC en Coupe de l’UEFA, mais ne reste pas l’entraîneur. Le Milan AC l’envoie diriger la Polisportiva Mediolanum, qui recoupe le hockey sur glace, le baseball mais aussi le rugby. Capello attend alors son heure. Et celle-ci arrive en 1991, quand le légendaire Arrigo Sacchi file vers la Nazionale et que Milan recherche un entraîneur. Le Géomètre enclenche alors l’un des plus glorieux cycles de l’histoire du club, sous sa légendaire houlette. 4 titres de Champion d’Italie, bien sûr, qui marquent l’empreinte du Milan de Capello sur la Botte. Cependant, le plus grand moment de son règne reste cette Champions League remportée en 1994.

1994, leçon de classe et de football

Calciostory s’attarde nécessairement sur ce match historique, symbole de l’époque Capello. C’est probablement son plus grand succès, c’est aussi une démonstration de maîtrise tactique. Mais pour se hisser en finale, le Milan AC fait une belle compétition. Au premier tour, la double confrontation face au FC Aarau n’est remportée que grâce à un petit but de Jean-Pierre Papin. Au deuxième tour, les Milanais se baladent face au FC Copenhague (7-0 sur les deux matches). En phase de poules, les Lombards supplantent le FC Porto, le Werder Brême et Anderlecht, avant de sortir en demi-finale l’AS Monaco, grand repêché français suite à l’exclusion de Marseille (3-0). La finale se présente mal : le Barça de l’époque est un géant, archi-favori avec ses Romario, Koeman, Stoitchkov et Guardiola. Mais le Stade Olympique d’Athènes porte bonheur au Diavolo. A la 22ème puis à la 45ème, Massaro s’offre un doublé qui lance complètement le Milan en première mi-temps. Dès le retour des vestiaires, Savicevic triple la mise, et Desailly ira planter un quatrième but à l’heure de jeu. Succès phénoménal, inattendu et maîtrisé par les hommes de Capello qui remporte là le plus beau trophée de sa carrière.

L’après-Milan pour Fabio Capello

A l’été 1996, Capello est recruté par le Real Madrid. Il remporte le titre de champion face au Barcelone de Ronaldo, mais retourne à Milan l’été suivant. L’anecdote est savoureuse: « Je devais tout à Silvio Berlusconi : quand il m’a demandé de revenir, je ne pouvais pas lui refuser ». L’aventure est belle mais se solde par un terrible échec. 10ème en championnat, le Milan AC perd aussi la finale de la Coppa face à la Lazio. L’été 1998 arrive et le technicien s’offre une année sabbatique particulièrement bienvenue. La saison 1999-2000 marque son retour puisqu’il remplace Zeman à l’AS Roma. Une première saison difficile, puis un été 2000 de toutes les folies : Capello recrute Batistuta, Emerson et Walter Samuel. Résultat, la Louve remporte son troisième Scudetto. La suite est forcément moins florieuse, mais la Roma se maintient à de bons niveaux. En 2004, il est temps de quitter la capitale dont il reste le seul entraîneur italien à lui avoir fait remporter un titre. Direction Turin, à la Juventus.

La Juventus puis le Real, des titres sans saveur

Alors même que Capello avait plusieurs fois indiqué qu’il ne pourrait jamais entraîner la Vieille Dame, le voilà installé à Turin. Trahison pour certains, progression pour d’autres, puisqu’il remporte d’emblée le titre en 2004-2005. Au nez et à la barbe de son club fétiche, le Milan AC d’Ancelotti. Sa deuxième saison est douce-amère: huitième Scudetto pour Capello lui-même, mais le scandale du Calciopoli éclate. La Juventus est directement concernée, et se voit retirer les deux titres remportés par le frioulan. Défaite en Supercoppa face à l’Inter, conflit Ibrahimovic – Del Piero mal mené, viennent ainsi s’ajouter à la liste des tracas de Capello. Le 5 juillet 2006, alors que l’Italie vient de se qualifier pour la finale du Mondial, Capello annonce son départ au Real Madrid. Un retour en Espagne, dans le même club, qui se solde par un scenario similaire. Le titre est remporté par les hommes de l’Italien, mais il est renvoyé dès l’été venu, suite à de lourds conflits avec Ronaldo, Beckham et Cassano. C’est la fin du cycle d’entraîneur de club pour Capello.

Un sélectionneur sans relief

En 2008, après la non-qualification des Anglais à l’Euro 2008, Capello est appelé à la tête de la sélection des Three Lions. Il la qualifie avec brio pour la Coupe du Monde 2010, mais celle-ci se déroule mal. L’Allemagne sort l’Angleterre dès les huitièmes de finale sur le score sans appel de 4-1. Malgré ce revers, la Fédération anglaise annonce la reconduction de Capello, qui qualifie de nouveau sa sélection pour la compétition suivante, l’Euro 2012. Mais le drame se noue au mois de février, quand la Fédération décide de retirer le brassard de capitaine à John Terry, suite à des accusations d’insultes racistes. Capello prend cela comme de l’ingérence et démissionne en direct sur la Rai 1, stupéfiant tout le monde. Le passage de Capello en Angleterre demeure le plus fructueux statistiquement de l’histoire de la sélection, avec 66% de victoires. Cette fois-ci, Capello rebondit vite et devient sélectionneur de l’Equipe de Russie. Il finit devant le Portugal aux éliminatoires du Mondial 2014, mais échoue dès les phrases de groupes avec deux nuls contre la Corée et l’Algérie, et une défaite face à la Belgique. En juillet 2015, Capello quitte la Russie.

Chinoiserie et héritage

La fin de sa carrière se joue donc en Chine, en tant qu’entraîneur du Jiangsu Suning. Il y arrive le 11 juin 2017 mais la saison se passe très mal. Le Jiangsu termine 12ème malgré de lourds investissements, et ne doit son maintien qu’à un miracle. Capello décide bien de repartir pour une deuxième saison, mais les 3 premiers matches de 2018 se soldent par 2 défaites pour 1 victoire. Les deux parties rompent le contrat, et Capello annonce sa retraite. C’est forcément une magnifique histoire que celle de Capello, avec ses hauts et ses bas bien sûr, mais avec des moments de gloire comme peu d’entraîneurs sont susceptibles d’en connaître au cours de leur carrière. Aujourd’hui très critique vis-à-vis de la qualité du football italien, Capello en a marqué certaines des plus belles heures. Son statut de « sage » aura certes été écorné par les expériences nuancées en tant que sélectionneur, puis par cette fin chinoise en eau de boudin, mais l’héritage est bien là. Bonne route au Géomètre, sans lequel notre Calcio ne serait probablement pas le même aujourd’hui !

Romain Simmarano

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